Table des matières
Anthropocène
Définition
Sens courant
Époque de l’histoire de la Terre ayant débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre.
Union internationale des sciences géologiques (UISG)
En 2024, après quinze ans de débats, l’Union internationale des sciences géologiques a rejeté l’idée que l’Anthropocène soit une ère géologique.
n. m. (gr. anthrôpos, homme, kainos, nouveau, c’est-à-dire : homme nouveau).
Voir : écosystèmeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigécosystème
Ensemble fonctionnel (système) formé d’une biocénose (communauté d’êtres vivants) et du biotope (milieu : eau, sol, et atmosphère)..
Informations complémentaires
Le terme faisant débat chez les géologues, tant sur le plan étymologique, qu’épistémologique, quelques éléments de réflexion sont donnés, ci-dessous, sur cette question.
L’homme a-t-il « bousculé » les forces géophysiques ?
Le débat scientifique
Même si l’UISG en a encore récemment repoussé l’idée, nombreux sont les scientifiques qui estiment que la Terre a quitté l’Holocène, pour entrer dans l’Anthropocène, une nouvelle époque géologique, les Hommes étant devenus une force importante des changements sur Terre, pouvant déséquilibrer les forces géophysiques.
Comme le conflit lexical dure depuis des années au sein des géologues (ils le sont encore en 2024, puisque le dernier vote au sein de l’UISG est contesté), la voie était libre pour que s’impose le sens courant, l’homme nouveau, l’homme industrieux, l’homme qui transforme la planète.
On consultera ci-dessous la rubrique « Des traces géologiques d’impacts anthropiques ? ».
Voir : Holocèneplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigHolocène
Période géologique interglaciaire s’étendant sur les 12 000 dernières années, toujours en cours d’après les spécialistes de la stratigraphie..
L’Holocène ?
L’Holocène (les 12 000 dernières années sur Terre) est une époque géologique de stabilité des conditions d’habitabilité sur Terre. Rappelons que la lignée humaine, avec Australopithecus anamensis, remonterait à 4 Ma (millions d’années) et qu’elle a connu beaucoup de bouleversement de l’environnement.
Voir : lignée humaineplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_biglignée humaine
Ensemble de la série de tous les ascendants de l’homme, jusqu’à l’ancêtre que l’homme a en commun avec le chimpanzé..
Quelle origine aux impacts anthropiques ?
Parmi ceux qui pensent que l’Homme serait devenu une force géophysique pouvant transformer l’écorce terrestre, les opinions divergent quant au moment où il faudrait faire débuter l’Anthropocène. Il existe en effet de nombreuses différences d’appréciation quant à son début. Selon les opinions, ce pourrait être :
- les toutes premières interventions de l’espèce humaine sur la nature : on peut penser aux premières déforestations pour libérer des terres agricoles ;
- le début de la recherche du productivisme : c’est l’époque du capitalisme industriel (révolution industrielle, avec pour début, l’invention de la machine à vapeur par James Watt en 1784) ;
- l’accélération des progrès technologiques : développement des produits chimiques, des plastiques, des aérosols, etc.
- l’accélération de l’urbanisation corrélée à l’explosion démographique ;
- la première explosion atomique.
Voir : aérosolplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigaérosol
Ensemble de particules liquides ou solides en suspension dans l’air et de petite taille, entre 0,001 et 10 micromètres., déforestationplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigdéforestation
Phénomène de régression durable des surfaces couvertes de forêts, d’origine anthropique ou naturelle., démographieplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigdémographie
Science étudiant numériquement l’évolution de la composition des groupements humains., écorce terrestreplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigécorce terrestre [alias]
Voir : croûte terrestre., plastiqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigplastique
Matériau polymère artificiel aux usages multiples, peu dégradable dans la nature, produit en général à partir d’hydrocarbures., productivismeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigproductivisme
Système économique dans lequel la production et la productivité agricoles et industrielles sont données comme l’objectif essentiel., terre agricoleplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigterre agricole
Terre mise en culture, prairie, et pâturage., urbanisationplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigurbanisation
Phénomène de concentration des populations dans des villes existantes ou nouvelles en extension..
Les hommes, responsables, oui, mais pas tous !
Parler de la responsabilité des Hommes, en général, ne reflète pas l’hétérogénéité des responsabilités dans les dégradations de l’environnement. Les pays les plus pauvres n’ont que très peu de responsabilité dans l’entrée en Anthropocène ! Il n’en reste pas moins que le système Terre répond à la somme d’effets élémentaires et à leurs interactions ; c’est le cas des changements climatiques qui sont les résultats indirects des émissions cumulées de tous les pays qu’ils soient industriels ou non, les émissions des premiers « étouffant » les seconds ! Tous les Hommes n’ont donc pas la même responsabilité, mais le résultat est là, la Planète se dégrade.
Voir : hétérogèneplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bighétérogène
Qui est formé d’éléments de nature différente, ou qualifie un mélange dont les éléments ne sont pas répartis de façon uniforme..
Des traces géologiques d’impacts anthropiques ?
Certains impacts anthropiques pourraient être décelés par les géologues du futur, sous forme de traces :
- des vestiges des mégapoles ;
- des produits de dégradation des plastiques de la plastisphère. En effet, leur accumulation dans les sédiments marins est déjà immense, et il y a donc une grande probabilité pour que, dans un lointain futur, les pétrographes trouvent des plastiglomérats, terme donné à des roches constituées des produits de la dégradation de roches et d’autres de celle des matières plastiques ;
- des radionucléides (dans les zones stockage des déchets nucléaires), des pesticides, et des molécules produites en grandes quantités par l’homme, que les techniques futures seront en mesure de détecter, les sols ayant été profondément pollués ;
- une chute du nombre des fossiles, reflet du déclin brutal de la biodiversité : conséquence de la déforestation, de l’agriculture intensive, et de la surpêche ; déclin qui serait peut être alors qualifié de 6e extinction massive d’espèces… comme certains ont déjà nommé ce déclin !
Voir : agriculture intensiveplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigagriculture intensive
Forme d’agriculture consistant à produire en quantités importantes, avec des rendements élevés, la matière première nécessaire à l’industrie de transformations, industrielle ou alimentaire., biodiversitéplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigbiodiversité
Diversité du monde vivant s’exprimant par la richesse en espèces, la diversité des individus d’une même espèce et la diversité des écosystèmes., déforestationplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigdéforestation
Phénomène de régression durable des surfaces couvertes de forêts, d’origine anthropique ou naturelle., fossileplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigfossile
Trace de vie d’un organisme ayant vécu avant la période géologique actuelle, conservée dans une roche sédimentaire ou dans une autre matière.,, mégapoleplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigmégapole [alias]
Voir : mégalopole., moléculeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigmolécule
Association d’un nombre fini d’atomes liés entre eux par des liaisons en général covalentes et parfois ioniques., pesticideplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigpesticide
Produit utilisé pour lutter contre les organismes (animaux, végétaux, et champignons) nuisibles affectant des végétaux cultivés ou des animaux d’élevage., plastiglomératplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigplastiglomérat
Roches trouvées par les pétrographes, constituées des produits de la dégradation de roches et de plastiques., plastisphèreplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigplastisphère
Ensemble planétaire de tous les fragments plastiques résultant de la dégradation progressive des déchets de plastiques à la surface des milieux aqueux (océans, fleuves, lacs, etc.), ou solides continentaux, formant de nouveaux biotopes artificiel., pollutionplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigpollution
Dégradation de la qualité de l’eau, de l’air ou des sols, et de l’environnement en général, par l’action d’un ou de plusieurs agents physiques, chimiques ou biologiques., Sixième extinctionplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigSixième extinction [alias]
Voir : Extinction massive d’espèces., surpêcheplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigsurpêche
Exploitation excessive des ressources animales naturelles des milieux aquatiques., sédimentplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigsédiment
Dépôt d’origine détritique (débris rocheux meubles) ou organique (restes d’animaux ou de végétaux), à l’origine de couches rocheuses (calcaires, argiles, sables, grès, etc.)., solplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigsol
Partie superficielle émergée de l’écorce terrestre, plus ou moins meuble, de structure et de qualité variable, cultivée ou non..
Le « clou d’or », site de référence choisi par l’ICS
Le groupe interdisciplinaire de chercheurs chargés, par la Commission internationale de stratigraphie (ICS), de déterminer si, et quand, l’Anthropocène avait débuté, avait choisi le lac Crawford (Canada) comme site de référence pour trouver un point dans les sédiments (surnommé le « clou d’or »), où le changement serait nettement visible et permettrait de marquer la ligne de démarcation entre l’Holocène et l’Anthropocène. Il s’agissait de trouver dans les sédiments, plutonium, plastiques, perte de biodiversité, carbone issu des énergies fossiles. Comme la rubrique « définition » le précise, l’idée que l’Anthropocène soit une ère a été rejetée.
Réflexion pédagogique
Ordre de grandeur des forces géophysiques et des forces anthropiques
En termes d’approche pluridisciplinaire, il est intéressant d’effectuer une comparaison entre les puissances que peuvent développer par leur travail les forces géophysiques et les forces humaines. On montrera facilement que les ordres de grandeur ne sont pas semblables. Imagions les conséquences d’un puissant tremblement de Terre. Est-ce que l’Homme, par ses actions, peut surpasser un tel travail des forces géophysiques ? Même une bombe thermonucléaire ne peut produire des bouleversements de la lithosphère semblables à ceux d’un tremblement de terre de magnitude proche de 8, comme la création de failles immenses dans la croûte terrestre.
L’Homme, par ses émissions de gaz à effet de serre, est directement responsable de l’augmentation de la teneur de l’atmosphère en GES. Puis, indirectement, du réchauffement atmosphérique, et, par effet domino, plus indirectement encore du réchauffement océanique. Ce dernier, ensuite, est responsable de :
- la dilatation thermique des océans et donc des risques de submersion marine et des modifications des traits de côte ;
- du renforcement des cyclones
Par démultiplication, les forces en action pour des causes anthropiques peuvent donc produire des effets de l’ordre de ceux des forces géophysiques, mais jamais avec la même puissance développée (force appliquée pendant un temps donné).
Voir : cycloneplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigcyclone
Zone de basses pressions atmosphériques se formant au-dessus des eaux chaudes des mers tropicales, dans laquelle l’air s’engouffre en violents tourbillons ascensionnels., effet dominoplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigeffet domino
Processus ayant lieu lorsqu’un changement en provoque un autre, ce dernier en provoquant lui-même un autre, et ainsi de suite au cours d’une séquence linéaire., gaz à effet de serreplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_biggaz à effet de serre
Constituant gazeux de l’atmosphère absorbant le rayonnement infrarouge émis par la surface de la Terre et le renvoyant vers elle (en grande partie), contribuant ainsi au réchauffement planétaire., lithosphèreplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_biglithosphère
Couche la plus externe du globe terrestre, dont l’épaisseur varie entre 70 km (sous les océans) et 150 (sous les continents)., ordre de grandeurplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigordre de grandeur
Représentation approchée de la valeur d’une grandeur physique., réaction nucléaireplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigréaction nucléaire
Processus désignant soit la modification d’un noyau atomique (nucléide) induite par sa collision avec une autre particule, soit une modification spontanée d’un noyau instable, sans collision, donnant finalement des noyaux de masse et/ou de charge différentes., réchauffement atmosphériqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigréchauffement atmosphérique [alias]
Voir : réchauffement planétaire., réchauffement océaniqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigréchauffement océanique
Élévation de la température moyenne à des eaux océaniques., submersion marineplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigsubmersion marine
Inondation, temporaire ou non, d’une zone côtière, en raison de conditions météorologiques extrêmes et/ou de l’élévation du niveau des mers., trait de côteplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigtrait de côte
Interface entre terre et mer lors d’une marée haute (coefficient 120) dans des conditions météorologiques normales (pas de vent du large, pas de dépression atmosphérique)..
Durabilité de l’Anthropocène !
Il est curieux qu’aujourd’hui on commence à se poser des questions sur le début de l’Anthropocène, alors que dans le même temps, certains songent à la « fin de l’humanité » (la fin de l’Antropocène ?), et que des scientifiques étudient les « limites planétaires », et que d’autres encore se posent des questions sur la durabilité de notre monde. Voilà un vaste sujet philosophique à aborder !
La rubrique « Remarque linguistique et/ou historique » montre que les périodes qui ont précédé l’Anthropocène s’étendent sur des millions d’années, sauf la dernière ère, l’Holocène, qui ne couvre que ( !) 12 000 ans, et au plus loin que l’on fasse remonter l’Anthropocène, il ne couvrirait pour le moment que deux petits millénaires !
Voir : durabilitéplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigdurabilité
Concept de développement qualifiant la possibilité pour une économie, ou pour l’environnement en général, de ne pas se dégrader dans la durée., fin de l’humanitéplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigfin de l’humanité
Pronostic sur l’anéantissement du genre humain, pour des causes différentes selon les époques de l’Histoire où il est formulé., limite planétaireplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_biglimite planétaire
Concept selon lequel, à l’échelle de la planète, neuf grands processus (physiques, chimiques, biologiques) présentent chacun un seuil quantitatif qui ne doit pas être franchi pour que la Terre conserve des conditions favorables à la vie humaine..
Remarque
Cette rubrique est rarement utilisée mais, pour cette entrée du glossaire, mais il est intéressant de l’occuper pour aborder, sous un angle particulier, un peu polémique, celui de la pertinence de l’utilisation du terme Anthropocène.
Les climatosceptiques et les Anthropocène sceptiques
Pour la géologie de la Terre, nous l’avons dit, il y a les tenants et les opposants à l’idée qu’une nouvelle ère a débuté, et que l’Homme a transformé géologiquement la Terre.
Pour le climat, il y a les climatosceptiques qui contestent que l’Homme a transformé le climat, et le Giec, qui alerte sur la responsabilité de l’Homme.
Voir : climatosceptiqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigclimatosceptique
Personne doutant soit du réchauffement planétaire, soit de la responsabilité des activités humaines dans ce changement., Giecplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigGiec
Groupe d’experts scientifiques mis en place par les Nations Unies pour alerter le monde sur les réalités du changement climatique et ses conséquences..
À qui profite le scepticisme ?
S’opposer à l’idée que l’Homme a bouleversé la Terre sur les plans géologiques et climatologiques rend bien service aux filières pétrolières ! En effet, pourquoi cesser d’extraire les énergies fossiles si l’Homme n’est pas le principal facteur des changements, et/ou si les changements ne sont pas si évidents ?
En France, Claude Allègre, géochimiste, fut un acteur majeur du climatoscepticisme… Peut-être est-il aussi contre le concept d’Anthropocène ? Ses thèses sont aujourd’hui balayées par l’immense majorité des scientifiques dont la conclusion est que les combustibles fossiles ne doivent plus être extraits.
Malgré tout, en 2024, il n’y a aucun souci pour les pétroliers, ils n’ont nul besoin des climatosceptiques, le contexte de guerre est un « bon » prétexte.
Ajoutons néanmoins, que notre incapacité à accepter la sobriété, est un autre prétexte !
Voir : combustible fossileplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigcombustible fossile
Résultat de la transformation de la matière organique accumulée à l‘échelle des temps géologiques, libérant par combustion une quantité importante de chaleur et de dioxyde de carbone (CO2)., sobriétéplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigsobriété
Conception du développement selon laquelle la production et la consommation des biens et des services doivent être limitées à des niveaux suffisants, sans les dépasser..
Remarque linguistique et/ou historique
Le terme Anthropocène a été créé dans les années 1980 par l’écologiste Eugène F. Stœmer (1934-2012) pour évoquer les impacts de l’homme sur la Terre, mais le terme n’a été popularisé qu’en 2000 par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Crutzen (prix Nobel de chimie en 1995).
Linguistique
Pertinence de la définition
Dans l’esprit de Paul Crutzen, ce néologisme désigne une période géologique. De fait, le terme Anthropocène semble construit comme plusieurs autres mots qui désignent des ères géologiques et ont pour suffixe « -cène » (comme l’Holocène), qui a pour sens « nouveau ». Toutefois, le préfixe Anthropo-, qui désigne l’homme, pose un problème de terminologie, puisque dans la suite géologique (stratigraphique), Paléo-, Eo-, Oligo- jusqu’à Holo-, ne désignent pas un ou des organismes en particulier (antérieurs à l’homme), ils traduisent l’augmentation progressive de la ressemblance entre les faunes fossiles et les faunes modernes. Il semble utile, sur un plan pédagogique, de donner quelques précisions autour de cet aspect étymologique de la controverse ! Voici les périodes en cause :
- Paléocène (gr. palaios, ancien) : c’est la période la plus ancienne du Cénozoïque (anciennement Tertiaire). Cette période commence par la disparition des grands reptiles. Durant cette période, la faune moderne ne fait que se dessiner. La Paléocène commence il y a 65 millions d’années ;
- Éocène (gr. éos, aube) : étymologiquement, c’est l’aube (c’est-à-dire l’éveil) des faunes modernes. Les premiers mammifères modernes apparaissent. Une aube un peu plus avancée qu’au Paléo- qui devait être la nuit ! Elle s’étend de - 56 à - 34 millions d’années ;
- Oligocène (gr. oligos, peu) : les points communs entre fossiles de cette époque et faune moderne sont encore peu nombreux. Nombreux sont les mammifères apparus à l’époque précédente qui disparaissent avec l’extinction massive à la fin de l’Éocène. Cette période s’étend de - 34 à - 23 millions d’années ;
- Miocène (gr. meiôn, moindre) : il y a moins de faune identique à la faune moderne qu’à l’ère suivante, le Pliocène. Cette période s’étend de - 23 à - 5,3 millions d’années ;
- Pliocène (gr. pleïon, plus) : la faune fossile ayant des points communs avec la faune moderne devient majoritaire. Cette période s’étend de - 5,3 à - 2,6 millions d’années ;
- Pléistocène (gr. pleïon, plus) : la faune fossile est presque identique avec la faune moderne. C’est une époque glaciaire. Cette période s’étend de - 2,6 millions d’années à - 12 000 ans ;
- Holocène (gr. holos, entier) : la faune fossile est entièrement identique avec la faune moderne. Ce sont les 12 000 dernières années… avant l’Anthropocène !
Problème posé par la terminologie
Cette terminologie dans le lexique des stratigraphes est un peu compliquée ! On admettra que utiliser un préfixe (Anthropo-) qui n’est pas dans la même lignée (préfixe relatif à l’augmentation du taux de ressemblance avec la faune moderne), soit une source de désaccord, même si ce n’est pas le problème de fond, qui est : est-ce que l’homme a un impact global significatif sur l’écosystème terrestre.
Ce problème lexical explique une partie des débats encore nombreux au sein de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG), pour savoir si ce terme peut être retenu en tant que nouvelle ère géologique succédant à l’Holocène. Dans ce débat, certains estiment que les preuves scientifiques d’un changement d’ère sont insuffisantes, d’autres pensent le contraire.
La Commission internationale de stratigraphie a rendu son verdict en 2024 (contesté comme nous l’avons dit plus haut), et clos ce débat épistémologique ; elle a rejeté la proposition de l’Anthropocène comme unité formelle de l’échelle des temps géologiques Ci dessus, nous n’avons mis en avant que quelques éléments de réflexion, tout en constatant que ce néologisme s’est imposé dans le public, plutôt avec son sens étymologique, l’homme nouveau !
Dans le préambule du glossaire nous donnons d’autres exemples de dérive étymologique. Pédagogiquement, il n’y a qu’une chose à faire, s’adapter !
Le problème n’est pas stratigraphique mais humain !
La décision, en 2004, de la Commission internationale de stratigraphie (CIS) de refuser de créer une nouvelle époque ayant le nom d’Anthropocène, clarifie le faux débat qui s’était installé autour de ce mot. D’un côté des spécialistes réfléchissant au mot lui-même et au concept qu’il recouvrait, et de l’autre, toutes les disciplines qui l’avaient adopté, tant sur le plan du vocabulaire (homme nouveau), que sur le plan du concept fondamentalement pluridisciplinaire qu’il véhicule.
Pour toutes les disciplines extérieures à la stratigraphie, il n’y a plus de débat terminologique ! Le concept a démontré son intérêt. En effet, les phénomènes étudiés par chacune de ces disciplines montrent des ruptures très nettes dans leur évolution depuis le début de l’époque industrielle. C’est le cas pour de nombreux enjeux planétaires, par exemple :
- l’atmosphère : composition, températures ;
- le climat : les événements climatiques ;
- les cycles biogéochimiques : carbone, et eau ;
- la biodiversité dans ses trois dimensions : diversité des écosystèmes, des espèces et des individus ;
- les ressources alimentaires ;
- les déchets ;
- etc.
À travers ce concept, les différentes communautés scientifiques peuvent échanger sur l’approche qu’elles ont de la responsabilité humaine vis à vis du contexte planétaire actuel : emballement climatique, effondrement des écosystèmes, et vulnérabilité des sociétés (risques sur les ressources, inhabilité de certaines régions, etc.).
Voir : climatplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigclimat
Ensemble des variables atmosphériques et de surface, sur une période de 30 ans, pour une région donnée, en faisant abstraction des années particulières de cette période., cycle biogéochimiqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigcycle biogéochimique
Ensemble des échanges d’un élément chimique particulier (carbone, azote), ou d’une molécule (l’eau, par exemple), entre l’atmosphère, l’hydrosphère et la lithosphère, en interaction avec les êtres vivants., cycle du carboneplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigcycle du carbone
Expression désignant les échanges des diverses formes moléculaires de l’élément chimique carbone (C), entre l’atmosphère, les océans, la lithosphère et le monde vivant de la biosphère., cycle de l’eauplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigcycle de l'eau
Échanges d’eau (H2O), sous diverses formes, liquide, gazeuse et solide, entre l’atmosphère, l’hydrosphère, la lithosphère et le monde vivant de la biosphère., déchet (environnement), vulnérabilitéplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigvulnérabilité
Fragilité constitutive d’une population ou d’un écosystème, affectant leur capacité d’adaptation face à une crise d’origine naturelle (aléa climatique, épidémie, etc.), ou anthropique (catastrophe industrielle, etc.)..
Majuscule ou non ?
Les substantifs qui désignent des époques géologiques sont généralement consignés avec une majuscule initiale dans les ouvrages et les textes spécialisés. Les dictionnaires généraux les consignent cependant avec une minuscule initiale. Les deux graphies peuvent donc être considérées comme acceptables. Toutefois, lorsque le nom d’une époque géologique est employé comme adjectif (époque anthropocène), on l’écrit avec une minuscule initiale.