Table des matières
personne non-humaine
Définition
Sens restreint
Entité qui n’est pas humaine, mais qui est un être conscient de lui-même, et à laquelle on peut reconnaître des droits.
Sens large
Entité qui n’est pas humaine (la nature au sens large), à laquelle on peut reconnaître des droits.
e. f.
Voir : droit pour la natureplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigdroit pour la nature
Droit reconnu à des entités qui ne sont pas humaines (la nature au sens large)..
Informations complémentaires
Ces définitions sont calquées sur celle de la personne humaine, dont une définition très simple est : « être humain considéré en tant qu’individu ». Toutefois, cette définition n’inclut pas le droit. Pour ce dernier aspect, se reporter à l’entrée « droit pour la nature » de ce glossaire.
La notion de personne n’est pas un concept de biologie. Actuellement, certains auteurs, non biologistes, rapprochent les notions de nature et du vivant, sans prendre beaucoup de précaution. Sur ce thème, on se reportera également à l’entrée « droit pour la nature » de ce glossaire.
On pourra également réfléchir à la notion de respect que l’on doit à toute chose. Certains, dans une démarche spirituelle, pourront penser à l’âme des choses, croyance selon laquelle la nature, dans son ensemble, est régie par des esprits (approche animiste).
La question de la conscience est souvent abordée. Ce serait, pour certains auteurs, une faculté exclusivement réservée aux humains que l’on peut traduire par la connaissance de sa propre activité psychique, mais les concepts à prendre en compte sont très nombreux.
Voir : être vivantplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigêtre vivant
Entité formée d’une ou plusieurs cellules, qui dès son début d’existence possède un métabolisme qui lui permet d’être actif ; sa mort le rend inactif (inerte)., individuplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigindividu
Entité vivante identifiable par rapport à d’autres qui lui sont semblables, et qui a une existence distincte., organismeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigorganisme
Entité vivante possédant une unité d’organisation et de fonctionnement..
Personne, individu, organisme : équivalence ?
Cette question est différente de la précédente qui portait sur la position de l’Homme dans la nature, même si les deux sont liées. Pour établir une équivalence entre personne et individu ou encore organisme, plusieurs critères doivent être pris en considération.
Critère de singularité
Si on estime que seul le critère de singularité suffit, on doit considérer, par exemple, qu’une baleine est une personne, d’autant que l’on peut individualiser chacune d’entre elles par des signes distinctifs que les spécialistes connaissent bien. Ceci est sans doute vrai pour de très nombreux organismes.
La Terre : un organisme ?
La Terre est considérée comme un organisme dans l’hypothèse controversée des scientifiques J. Lovelock et L. Margulis. C’est ce qui est appelé l’hypothèse Gaïa, selon laquelle la Terre serait « un système physiologique dynamique ». Mais l’hypothèse ne dit pas que la Terre serait une personne non humaine.
Pour voir un autre aspect de l’apport scientifique de Lovelock et L. Margulis, voir la rubrique « Remarque linguistique et/ou historique » de l’entrée « théorie endosymbiotique ».
Voir : théorie endosymbiotiqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigthéorie endosymbiotique
Théorie selon laquelle les plastes et les mitochondries dériveraient de cellules procaryotes devenues hôtes permanents d’organismes unicellulaires, établissant des rapports symbiotiques avec eux..
Caractères possédés par l’homme : analogies ?
En général, on considère que personnifier les êtres vivants non humains implique qu’on leur attribue des aptitudes identiques à celles de l’homme. On constatera qu’il ne s’agit souvent que d’analogies.
L’intelligence
Il se trouve que les résultats scientifiques montrent que les dauphins, les baleines, les éléphants, et les grands singes, ne sont pas dépourvus d’intelligence et que de nombreux autres animaux ont des capacités surprenantes, comme les poulpes (céphalopodes) et que certains oiseaux savent utiliser les actions humaines. La prise en compte de la pluralité des intelligences dans la nature alimente les débats autour du concept des personnes non-humaines.
Les questions de conscience sont largement débattues en philosophie !
Sensibilité
Certains attribuent aux plantes une sensibilité analogue à celle des humains, comme être sensible à la musique. Des expériences montreraient que certaines ondes sonores auraient une influence sur l’ouverture et la fermeture de canaux ioniques à la surface des cellules.
Que de nombreux animaux aient la faculté de percevoir la douleur ne fait pas doute. Par contre, pour les plus simples d’entre eux (protozoaires, par exemple), on ne peut faire que des hypothèses sur la forme que prend cette sensibilité.
Communication
En termes de communication, les végétaux ne communiquent pas entre eux comme les animaux et encore moins comme l’homme, mais leur « messagerie » commence à être bien étudiée. C’est ainsi que des échanges entre les plantes se font par la sphère mycorhizienne, ou par des espèces chimiques volatiles… mais ce n’est pas la parole !
Voir : espèce chimiqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigespèce chimique
Terme générique désignant une molécule, un atome, un ion, ou encore, un radical., mycorhizeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigmycorhize
Association du mycélium d’un champignon avec les racines d’une plante supérieure chlorophyllienne..
La solidarité entre individus
Si on ne considère que les écosystèmes naturels, on peut estimer que les animaux nous donnent des exemples patents de solidarité. De plus, à la limite, la démonstration scientifique a été faite que une plante produit des messages informant les individus de la même espèce (pour le moins !), de son écosystème, quand elle est agressée (voir ci-dessus, la rubrique « Communication).
Le génie humain ?
L’Homme a des capacités exceptionnelles qui lui permettent de surmonter des épreuves hors-normes, en particulier grâce à l’intelligence collective.
Avec les changements climatiques, les aires de répartition des espèces animales comme végétales changent.
L’Homme, pour la conquête spatiale, a fabriqué des écosystèmes artificiels (Station spatiale internationale, module lunaire) qui lui permettent de vivre dans un milieu totalement abiotique (vide spatial, froid mortel, rayonnements dangereux, absence de gravité). Seul l’Homme a su le faire. En 1970, lors de la mission Apollo 13 de la NASA, un grave incident technique a mis en péril la vie des astronautes. Face à la situation désespérée qui survenait, le génie humain a trouvé une solution. Ce type d’adaptation, à l’échelle de l’urgence immédiate, n’existe pas dans la nature ; les processus évolutifs sont beaucoup plus longs, ils ne se comptent pas en heures mais en siècles.
Décès d’un glacier
De façon anecdotique, on peut rappeler qu’en 2014, la première ministre islandaise, pour marquer les esprits, a signé l’avis de décès d’un glacier (le glacier, dit Ok), après 700 ans d’existence ! En 2014, il avait pratiquement disparu sous l’effet du réchauffement atmosphérique. Cet acte symbolique est à mettre en rapport avec l’héritage culturel que les glaciers représentent pour l’Island, et donc à la « personnalité » que peut avoir un glacier.
Voir : fonte des glaciersplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigfonte des glaciers
Fonte des masses de glace continentale (eau douce), en particulier des calottes glaciaires, sous l’effet du réchauffement atmosphérique., réchauffement atmosphériqueplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigréchauffement atmosphérique [alias]
Voir : réchauffement planétaire..
Remarque linguistique et/ou historique
À ce thème des personnes non-humaines, il faut rattacher d’autres concepts comme celui de la nature, du vivant, et aussi de la question de l’animalité de l’homme.
Le sujet est vaste et ce ne sont pas les quelques lignes ci-dessous qui l’épuiseront !
Voir : animalité de l’hommeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_biganimalité de l’homme
Ensemble des caractères propres aux animaux qui font que l’homme appartient à ces derniers., vivantplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigvivant [alias]
Voir : monde vivant..
Position de l’homme dans la nature
Les approches, anthropocentrique, biocentrique, ou encore écocentrique, voient de façons très différentes la déconnection de l’homme par rapport à la nature. On se reportera aux entrées « droit pour la nature », et « nature » où l’on aborde ces questions.
Voir : anthropocentrismeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_biganthropocentrisme
Conception philosophique qui considère l’Homme comme le centre de référence du monde, voire de l’Univers., biocentrismeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigbiocentrisme
Courant éthique qui considère que tous les êtres vivants méritent le respect, et qui s’oppose ainsi à l’anthropocentrisme., droit pour la natureplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigdroit pour la nature
Droit reconnu à des entités qui ne sont pas humaines (la nature au sens large)., écocentrismeplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigécocentrisme
Courant éthique, centré sur la nature, qui considère que le monde fonctionne comme un écosystème dont on doit respecter chaque élément., natureplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bignature
Au sens commun, c’est l’ensemble des milieux (atmosphère, hydrosphère, lithosphère) incluant ou non des organismes vivants..
L’anthropocentrisme
Cette conception considère l’Homme comme le centre de référence du monde, voire de l’Univers.
Le biocentrisme
Ce courant éthique considère que tous les êtres vivants méritent le respect ; il s’oppose ainsi à l’anthropocentrisme et il est loin de la théorie de « l’animal-machine » de Descartes (voir ci-dessous). Cette vision n’est possible que par un changement de paradigme. Elle possède une dimension empathique.
L’écocentrisme
Ce courant est centré sur la nature. Il considère que le monde fonctionne comme un écosystème dont on doit respecter chaque élément. L’hypothèse Gaïa peut être rapprochée de ce courant.
Voir : Gaïaplugin-autotooltip__small plugin-autotooltip__blue plugin-autotooltip_bigGaïa
Hypothèse scientifique selon laquelle la Terre serait une entité complexe comprenant la biosphère, l’atmosphère, l’hydrosphère et la lithosphère, le tout régulé par un mécanisme semblable à l’homéostasie d’un organisme vivant complexe..
Les philosophes
René Descartes
Si la réflexion sur la limite entre les notions de personne humaine et non humaine est complexe, pour Descartes, philosophe français du 17e siècle, la question est tranchée ! Descartes a clairement mis un gouffre entre l’homme et l’animal-machine !
Descartes établissait une séparation franche entre l’homme qui posséderait une âme et la matière, sans âme. Plus particulièrement, il distingue l’homme de l’animal en ce sens que le premier possède une pensée et le langage mais aussi une âme unie à son corps, alors que l’animal n’a ni âme, ni pensée. Il n’a qu’un corps dont les activités ne sont que mécaniques. Il n’a pas de conscience et ne souffre pas ! L’argumentation étant que si les animaux possédaient une âme, cela remettrait en cause l’existence de Dieu qui a fait l’Homme à son image. De ce point de vue, il est évident que Descartes souhaite éviter toute controverse avec l’église, il cherche le calme pour conduire ses travaux. Dans la condamnation de Galilée, il adopte, pour le moins, un silence prudent !
Dans le « Discours de la méthode », pour dire que les animaux ne fonctionnent que par automatisme, il dit : « Je sais bien que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m’en étonne pas ; car cela même sert à prouver qu’elles agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu’une horloge, laquelle montre bien mieux l’heure qu’il est que notre jugement ne nous l’enseigne. Et sans doute que, lorsque les hirondelles viennent au printemps, elles agissent en cela comme des horloges… »
On se reportera aussi à la rubrique « Réflexion linguistique et/ou historique » de l’entrée « monde vivant» de ce glossaire, où l’on aborde la différence de conception sur la question du vivant, entre Descartes et Diderot (philosophe français du 18e siècle).
Emmanuel Kant
Kant (philosophe allemand), dans « Anthropologie du point de vue pragmatique » (publié à la fin du 18e siècle), affirme la supériorité de l’hommes sur les autres êtres vivants : « Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. »
Débat actuel
On comprend bien que ces conceptions ont laissé des traces dans le débat actuel sur les personnes non humaines. Aujourd’hui, le débat est peut être plus facile (?), dans la mesure où il se place sur le plan juridique, la question de l’âme étant laissé de côté !
La littérature
Isaac Asimov (1920-1992) et les « barbares »
En préface d’un roman de Robert Thurston et Jerry Oltion (« L’intrus »), le fabuleux auteur de sciences fiction, Isaac Asimov, explore la limite entre les humains et les robots ; il se pose la question : « Qu’est-ce qu’un être humain ?».
Pour dérouler sa pensée sur cette question, il prend soin de faire remarquer que « tout groupe a tendance à dépeindre d’autres individus comme inférieurs en partant de l’idée que l’humanité se divise en a) les humains, b) les à moitié humains, c) les sous-humains, en prenant bien soin de toujours se ranger dans la première catégorie. »
Convenons qu’il n’a pas tord ! Asimov poursuit :
« Maintenant, supposons que vous soyez un des membres d’une tribu primitive, homogène dans son aspect, son langage, sa culture ; et que tout à coup vous rencontriez quelqu’un qui superficiellement vous ressemble, mais qui a les cheveux roux alors que vous n’en avez jamais vu. Cet étranger est-il un être humain au sens où vous, vous l’êtes ? ».
Cette question étant posée, Asimov donne son avis :
« Je crains que la réponse générale soit non. Et ce n’est pas uniquement dû au fait de l’absence de considérations scientifiques. Les anciens Grecs, qui étaient certainement parmi les peuples les plus avancés qui aient jamais vécu, divisaient l’ensemble des êtres humains en deux groupes : les Grecs et les barbares.
Par barbares, ils n’entendaient pas désigner des individus non civilisés ou au comportement bestial. Ils reconnaissaient que certains barbares, comme les Égyptiens, les Babyloniens et les Perses, étaient fort cultivés. C’était seulement que les non-Grecs ne parlaient pas le grec ; ils émettaient des sons qui n’avaient pas plus de sens (pour un Grec mis pour la première fois en présence d’autres langages que le sien) qu’un son aussi grotesque que « bar-bar-bar ».
Il poursuit :
« On pourrait penser que les Grecs n’avaient instauré cette division que pour des raisons de commodité, et qu’ils n’allaient pas jusqu’à juger que les barbares n’étaient pas humains.
Ah, vous croyez ? Aristote, l’un des esprits les plus éclairés de toute la Grèce ancienne, était absolument convaincu que les barbares étaient de la graine d’esclaves, alors que les Grecs étaient par nature des hommes libres. A l’évidence, il pensait qu’il y avait quelque chose chez les barbares qui en faisait des sous-hommes. »
La religion : la controverse de Valladolid
De 1550 à 1551 eut lieu en Espagne un débat politique et religieux, organisé par Charles Quint. Il concernait les relations entre les colonisateurs espagnols en Amérique et les indigènes amérindiens. La question était de savoir si les Indiens étaient des êtres inférieurs (sans âme, bien sûr !) ou bien des hommes comme nous, les Européens ? Le dominicain Bartolomé de Las Casas fut le défenseur des Amérindiens.
Le débat avait pour but de définir officiellement la légitimité ou l’illégitimité de l’esclavage des peuples amérindiens. Les tenants de la légitimité de l’esclavage avait en Aristote une référence ( ! ) ; dans « La Politique, Livre I », il disait : « Quand on est inférieur à ses semblables autant que le corps l’est à l’âme, la brute, à l’homme, et c’est la condition de tous ceux chez qui l’emploi des forces corporelles est le seul et le meilleur parti à tirer de leur être, on est esclave par nature. »
Le pape de l’époque présidait le débat qui eut lieu en Espagne.
Ce débat permit d’abolir l’esclavage des indigènes d’Amérique.
Nous sommes alors au 16e siècle. Il faut alors attendre Linné (18e) pour savoir que nous sommes tous des animaux !