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====== surpêche ======
===== Définition =====
Exploitation excessive des ressources animales naturelles des milieux aquatiques.
**n. f.** (sur-, du lat. //super//, est employé ici pour exprimer que la pêche est excessive).
===== Informations complémentaires =====
La consommation mondiale de produits de la mer est en augmentation constante depuis les années 1960, passant de 9 kilogrammes (kg) par personne en moyenne, à plus de 20 kg aujourd’hui.
L’augmentation de ces quantités repose sur de nouvelles pratiques peu respectueuses des ressources (faune marine) et des écosystèmes des fonds marins des plateaux continentaux. Il s’agit plus particulièrement du chalutage de fond qui représente actuellement l’une des pressions les plus fortes aux effets souvent irréversibles, mais les techniques sont d’une grande diversité.
**Voir :** [[glossaire:entrees:c:chalutage_de_fond|chalutage de fond]], [[glossaire:entrees:e:ecosysteme|écosystème]].
==== Les chaluts, les filets, et les DCP ====
Parmi les causes nous n'évoquerons que des aspects techniques, nous n'aborderons pas le rôle moteur de la surconsommation et des changements de mode de vie.
**Voir :** [[glossaire:entrees:m:mode_de_vie|mode de vie]].
=== L’augmentation des prises ===
La pêche industrielle, essentiellement hauturière (dans les zones maritimes éloignées des côtes), utilisant des chaluts de grands fonds, des filets-dérivants de plusieurs kilomètres, amplifie encore le phénomène de surpêche. Les moyens développés donnent à la pêche une puissance de capture considérable. Au niveau mondial, très peu de bateaux de pêche (1 %) sont équipés de radars, de sonars et disposent en outre d'informations satellitaires et d'avions de reconnaissance, aujourd'hui interdits. Pourtant, ils réalisent 50 % des prises mondiales.
L’augmentation de la taille des filets a contribué à la baisse des réserves de poissons.
De plus, les filets prennent en moyenne 25 % de poissons trop jeunes pour la commercialisation, rejetés le plus souvent morts. En outre, dauphins, tortues et autres espèces protégées sont également capturés.
En outre, la pêche industrielle a rendu plus performant des dispositifs de concentration de poissons (DCP), initialement utilisés par les pêcheurs artisanaux. Les DCP sont de petits radeaux dérivants, à l'ombre desquels les animaux marins se concentrent. Améliorant le dispositif, la pêche industrielle fait de véritables massacres.
**Voir :** [[glossaire:entrees:d:dcp|DCP]], [[glossaire:entrees:f:filet_de_peche|filet de pêche]].
=== La détérioration des écosystèmes profonds ===
Une autre cause contribuant au non renouvellement des espèces est la profondeur, toujours plus grande, atteinte par les chaluts, filets faisant jusqu'à 150 m de large et pouvant pêcher plusieurs dizaines de tonnes de poissons en moins d'une demi-heure. Raclant les fonds, jusqu'à 1 500 m, ils détériorent leurs habitats. De plus, les espèces profondes ont des temps de maturation, et donc de renouvellement, très longs.
**Voir :** [[glossaire:entrees:h:habitat|habitat]].
==== État de la biodiversité marine ====
La régression de la biodiversité est nette depuis 1960. À la fin du 20e siècle, la surexploitation des mers a conduit à une relative stagnation des quantités pêchées. Certaines extrapolations à partir de modèles laissent prévoir un effondrement général des populations pour toutes les espèces pêchées.
De récentes études montrent que l’empreinte mondiale de la pêche est beaucoup plus importante que les autres sources de production de nourriture alors que les pêcheries ne fournissent que 1,2 % des calories consommées par les humains. Les pays continuant à pêcher au-delà des recommandations des scientifiques, 90 % des réserves (stocks) sont surexploitées.
En haute mer, l'évolution des effectifs depuis 1950 est nette :
* 10 % des espèces ont disparu : certaines espèces de baleines, de dauphins, de requins, de raies, etc. ;
* 30 % des espèces pêchées ont perdu 90 % de leurs effectifs de 1950 et sont en voie d'extinction ;
* 50 % des espèces sont pêchées à hauteur de 50 % de leurs réserves et la restauration de leurs populations est problématique ;
* les 10 % restant correspondent aux espèces les moins pêchées.
**Voir :** [[glossaire:entrees:b:biodiversite|biodiversité]], [[glossaire:entrees:c:calorie|calorie]], [[glossaire:entrees:p:population|population]], [[glossaire:entrees:r:requin|requin]], [[glossaire:entrees:r:restauration|restauration]].
==== Conséquences de la surpêche sur les réserves ====
La surpêche des grandes espèces de poissons conduit à la prolifération des petites dont elles se nourrissent. Ces dernières dévorent les œufs et alevins des grandes espèces, dont elles accélèrent la disparition. Ce mécanisme explique en partie l'existence de seuils au-dessus desquels les espèces peuvent se régénérer et au-dessous desquels la régénération des réserves est difficile, pouvant même aller jusqu'à la disparition de l'espèce.
À cet aspect, purement quantitatif et dynamique, s'ajoute celui de la diversité génétique. En dessous d'un effectif minimum, la diversité n'est plus suffisante pour que l'espèce puisse s'adapter aux nouveaux dangers (pollution, espèces invasives, etc.).
La surpêche n'a pas des conséquences que sur les espèces marines. Des oiseaux comme les cormorans qui se nourrissent de poissons peuvent ne plus avoir assez de ressources. C'est un exemple «d'effet domino».
Face à la surexploitation des ressources marines, les instances internationales fixent des volumes de pêche autorisés (quotas) qui sont très souvent supérieurs aux recommandations des scientifiques, les quotas n'étant eux-mêmes pas forcément respectés par les pêcheurs.
Depuis les années 1960, la surpêche conduit à une diminution de la taille des poissons pêchés, ce qui a des conséquences sur les chaînes alimentaires, des poissons plus petits étant à la fois des prédateurs moins efficaces et, en même temps, des proies plus faciles pour des prédateurs plus grands.
**Voir :** [[glossaire:entrees:c:chaine_alimentaire|chaîne alimentaire]], [[glossaire:entrees:e:effet_domino|effet domino]], [[glossaire:entrees:e:espece_invasive|espèce invasive]], [[glossaire:entrees:p:pollution|pollution]], [[glossaire:entrees:p:predateur|prédateur]], [[glossaire:entrees:p:proliferation|prolifération]], [[glossaire:entrees:q:quota|quota]],
==== Autres pressions s'ajoutant à la surpêche ====
Les pressions sur les milieux marins ne cessent de croître. C'est le cas avec les déchets (vortex marins de déchets plastiques), les pollutions chimiques, le bruit sous-marin, les exploitations minières, les énergies offshore, etc.
La combinaison de toutes ces pressions a des effets toujours plus rapides en termes de : perte de biodiversité, diminution de la taille des populations marines, régression des aires de répartition des espèces marines, et de dégradation des habitats marins.
**Voir :** [[glossaire:entrees:b:biodiversite|biodiversité]], [[glossaire:entrees:v:vortex_marin_de_dechets|vortex marin de déchets]].
==== Gaspillage des poissons pêchés ====
Le tiers des prises mondiales est gaspillé. Environ un quart de ces pertes correspond à des prises accidentelles ou à des rejets parce que les poissons ne conviennent pas (calibre, en particulier). Le reste des pertes, c'est-à-dire les 3/4, est dû à des problèmes de conservation du poisson.
===== Réflexion développement durable =====
==== Mettre fin au gâchis ====
En outre, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que les prises accidentelles et les rejets en mer de poissons morts ou mourants pourraient dépasser, à l'échelle mondiale, 20 millions de tonnes par an, en particulier chez les poissons plats européens (représentant plus de 70% de rejets).
Malgré les groupes de pression de la pêche industrielle, l'Europe tente de mettre fin à ce gâchis. Les mesures prises combinent des aspects techniques (conception des filets) et administratifs (taxes sur les rejets) et, en 2016, l'interdiction de la pêche profonde dans ses eaux territoriales. L'interdiction porte sur le chalutage au-delà de 800 mètres et la pêche dans des zones où les écosystèmes marins sont considérés comme vulnérables.
L’Europe a défini une Politique commune de la pêche (PCP) qui a pour objectif de permettre une exploitation durable des ressources aquatiques vivantes, de manière équilibrée, en tenant compte des aspects environnementaux, économiques et sociaux, et de fournir une alimentation de qualité.
**Voir :** [[glossaire:entrees:f:fao|FAO]], [[glossaire:entrees:g:groupe_de_pression|groupe de pression]], [[glossaire:entrees:p:pcp|PCP]], [[glossaire:entrees:p:peche_hauturiere|pêche hauturière]].
==== Certification de filières durables ====
D’une façon générale, les consommateurs n'ont pas les moyens de savoir quels sont les poissons en danger, ni quelles sont les pêcheries respectueuses de pratiques permettant d'ajuster les prises à la capacité de renouvellement des populations de poissons. Certaines ONG poussent à l'établissement, avec les grandes pêcheries et les distributeurs, de certifications permettant de créer des filières durables et d’informer les consommateurs.
**Voir :** [[glossaire:entrees:c:certification|certification]], [[glossaire:entrees:o:ong|ONG]].
==== Aquaculture : une réponse au déclin des ressources marines ? ====
L'aquaculture peut apparaître comme une solution. Toutefois, il existe un certain nombre de questions, similaires à celles que l'on se pose avec l'agriculture intensive : compétition avec les écosystèmes naturels, pollutions, qualité sanitaire de la ressource alimentaire issue des élevages, etc. En outre, pour alimenter les poissons, on utilise de grandes quantités de farines de poissons, limitant sérieusement l'effet positif que l'élevage pourrait avoir sur les réserves. Actuellement, plus de 50 % de la production totale de farines et plus de 80 % d'huiles fournies par les poissons, sont utilisés pour l'aquaculture.
**Voir :** [[glossaire:entrees:a:aquaculture|aquaculture]], [[glossaire:entrees:d:dechet|déchet]], [[glossaire:entrees:h:huile|huile]].
==== Reconstitution des stocks ====
Depuis 2007, de meilleures pratiques de pêche, imposées au niveau international, ont permis une reconstitution des réserves de poissons de l'océan Atlantique Nord-Est, de la mer Baltique et de Méditerranée pour le thon rouge. Les mers d'Europe sont donc encore résilientes et il n'est pas trop tard pour agir et faciliter le rétablissement de l'écosystème marin. D'ailleurs, le thon est un bon exemple, puisqu'en 2020 les stocks se sont bien reconstitués grâce aux quotas imposés par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta).
==== Objectif de développement durable (ODD) et cible ====
=== ODD concerné ===
La question de la surpêche est traitée avec l’ODD :
* 14 - Vie aquatique : Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable.
**Voir :** [[glossaire:entrees:o:odd|ODD]], [[glossaire:entrees:r:ressource_marine|ressource marine]].
**ODD-N° :** 14.
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=== Cible concernée ===
Les cibles plutôt concernées sont les :
* 14. 4 - Réglementation de la pêche : D’ici à 2020, réglementer efficacement la pêche, mettre un terme à la surpêche, à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et aux pratiques de pêche destructrices et exécuter des plans de gestion fondés sur des données scientifiques, l’objectif étant de rétablir les stocks de poissons le plus rapidement possible, au moins à des niveaux permettant d’obtenir un rendement constant maximal compte tenu des caractéristiques biologiques ;
* 14.6 - Subventions nuisibles à la pêche : D’ici à 2020, interdire les subventions à la pêche qui contribuent à la surcapacité et à la surpêche, supprimer celles qui favorisent la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et s’abstenir d’en accorder de nouvelles, sachant que l’octroi d’un traitement spécial et différencié efficace et approprié aux pays en développement et aux pays les moins avancés doit faire partie intégrante des négociations sur les subventions à la pêche menées dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce.