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====== sobriété ====== ==== Développement durable ==== Conception du développement selon laquelle la production et la consommation des biens et des services doivent être limitées à des niveaux suffisants, sans les dépasser. **e. f.** (lat. //sobrietas//). ===== Informations complémentaires ===== Certains donnent le mot frugalité comme synonyme de sobriété ; dans la rubrique « Remarque linguistique et/ou historique » nous proposons une réflexion sur ces deux mots. ==== Une sobriété imposée ==== Souvent, la sobriété nous est imposée par l’urgence ! Les catastrophes annoncées, dans tous les domaines, et ceci en raison des multiples interactions au sein de l’environnement, nous obligent à aller vers l’essentiel de nos vies. === L’urgence environnementale === Les travaux du « //Stockholm resilience centre// » n’ont fait que confirmer quantitativement que les limites planétaires sont aujourd’hui dépassées ou en passe de l’être. La sècheresse de l’été 2022 qui a provoqué une pénurie d’eau généralisée et des mégafeux, a montré, à ceux qui en avaient besoin, qu’il n’y avait pas abondance des ressources. La sobriété s’oppose à la consommation sans limite (consumérisme) dans un contexte d’abondance et de production illimitée de biens matériels et de promotion publicitaire poussant à une sorte d’obsolescence esthétique programmée, comme on le voit avec la mode éphémère (fast-fashion). La production sans limite étant à terme impossible, les ressources naturelles étant finies. L’urgence économique s’imposant par les contraintes que la sobriété fait peser sur les plus pauvres, risquant de provoquer une régression sociale accompagnée de nouvelles privations. **Voir :** [[glossaire:entrees:c:consumerisme|consumérisme]], [[glossaire:entrees:l:limite_planetaire|limite planétaire]], [[glossaire:entrees:m:megafeu|mégafeu]], [[glossaire:entrees:m:mode_ephemere|mode éphémère]], [[glossaire:entrees:o:obsolescence_programmee|obsolescence programmée]], [[glossaire:entrees:s:secheresse|sécheresse]]. === L’urgence économique === Les désordres économiques consécutifs au Covid-19, puis la guerre en Ukraine, ont montré que nous devions réorganiser rapidement tous nos modes de vie pour ne pas vivre la pénurie ou même un profond déclin. Les plans de sobriété ne doivent pas faire subir le poids de la transition écologique sur les plus démunis, alors que ce sont les personnes les plus riches qui émettent l’essentiel des gaz à effet de serre, cause majeure des risques systémiques. La sobriété énergétique subie va contraindre certaines entreprises à suspendre leurs activités, car ils ne sont pas en mesure de faire les efforts nécessaires face à l’envolée des coûts de l’énergie, d’autres vont adopter des mesures comme l’extinction des lumières dans leurs locaux à 22 h et la baisse du chauffage d'un degré durant hiver. Il s’agit donc de mettre en place un système économique viable et durable qui s’écarte de l’idée qu’il y aurait abondance et des ressources infinies. **Voir :** [[glossaire:entrees:c:covid-19|Covid-19]], [[glossaire:entrees:g:gaz_a_effet_de_serre|gaz à effet de serre]], [[glossaire:entrees:m:mode_de_vie|mode de vie]], [[glossaire:entrees:r:risque_systemique|risque systémique]], [[glossaire:entrees:t:transition_ecologique|transition écologique]]. ===== Réflexion développement durable ===== La sobriété sera obtenue par la maîtrise, en particulier, de la demande en énergies fossiles. Pour cela, nous pouvons changer nos modes de vie, tout en faisant qu’ils restent compatibles avec une préservation du bien-être, et pourquoi pas son amélioration ! Les axes du changement sont multiples : rénovation énergétique des bâtiments et réduction des températures des habitations, transports électrifiés, diminution des voyages en avion, baisse de la consommation de viande (pour les émissions de méthane, en particulier), meilleure gestion de toutes les ressources naturelles, etc. Il s’agit donc de mettre en place un système économique viable et durable qui s’écarte de l’idée qu’il y aurait abondance et des ressources infinies. L’idée de la sobriété s’est imposée. Pourtant, un autre concept, celui de frugalité, fait son chemin dans les consciences qui refusent l’écologie punitive ! Les nuances sont discutées dans la sous rubrique « Remarque linguistique et/ou historique ». **Voir :** [[glossaire:entrees:m:methane|méthane]], [[glossaire:entrees:r:ressource_naturelle|ressource naturelle]]. ==== La sobriété en fonction des domaines ==== Dans tous les domaines des activités humaines, la sobriété implique un changement des modes de vie et des transformations sociales profondes. Sortir du consumérisme dans tous les domaines est une nécessité. Pour parvenir à la sobriété, il faut : * réduire  nos déplacements, favoriser les transports en commun et le télétravail ; * relocaliser nos achats et en particulier mettre un coup d’arrêt à la mode éphémère ; * mieux contrôler les températures des logements et des lieux de travail ; * adopter des régimes alimentaires moins carnés.  Deux domaines sont particulièrement concernés, l’énergie, et le numérique. **Voir :** [[glossaire:entrees:c:consumerisme|consumérisme]], [[glossaire:entrees:r:regime_alimentaire|régime alimentaire]]. === L’énergie === Un des axes majeurs de la sobriété est celui de la sobriété énergétique. Celle-ci consiste à réduire la consommation d'énergie par un usage approprié, sans excès des équipements consommateurs d'énergie et par leur mutualisation. La sobriété énergétique est nécessaire si on veut parvenir à se passer des énergies fossiles, tout en poursuivant l’ensemble des activités incontournables et en faisant face aux nouveaux besoins qui exigent une forte augmentation de la production d’électricité. Dans ces conditions, comment ne pas se poser la question de la place du nucléaire vis à vis de la décarbonation de l’énergie ? L’exemple du passage brutal de l’Allemagne du nucléaire au charbon pose des questions. **Voir :** [[glossaire:entrees:c:charbon|charbon]], [[glossaire:entrees:d:decarbonation|décarbonation]], [[glossaire:entrees:e:energie_fossile|énergie fossile]], [[glossaire:entrees:p:pollution_numerique|pollution numérique]]. === Le numérique === Un exemple de cette difficulté est donné par le numérique qui génère de multiples impacts environnementaux, en particulier au travers des centres de données (//data center//). Tout d’abord, en lien avec le point précédent, la croissance vertigineuse des besoins électriques liés au développement de la filière dans tous les domaines d’activités, et donc une croissance des émissions de gaz à effet de serre, des pollutions chimiques des territoires où les métaux rares indispensables à la filière sont extraits du sous-sol, et des déchets souvent non recyclables. **Voir :** [[glossaire:entrees:c:centre_de_donnees|centre de données]], [[glossaire:entrees:d:dechet|déchet]], [[glossaire:entrees:e:emission_de_gaz_a_effet_de_serre|émission de gaz à effet de serre]], [[glossaire:entrees:i:impact_environnemental|impact environnemental]], [[glossaire:entrees:p:pollution_numerique|pollution numérique]], [[glossaire:entrees:r:recyclage|recyclage]]. ==== En France : les débuts de la sobriété ? ==== En 2023, pour la première fois, les émissions affichaient une baisse dans tous les secteurs (à l’exception du transport aérien). Selon les domaines les réductions ont été le résultat d‘efforts spécifiques : * rénovation énergétique des bâtiments : isolation thermique et installations de chauffage ; * transports routiers : sur le plan des comportements (transports en commun, covoiturage), ou l’élargissement du parc des véhicules électriques ; * production énergétique : remise en service des centrales nucléaires, et progrès dans l’éolien, le solaire et l’hydraulique ; * activité industrielle : décarbonation dans tous les secteurs. En France, la campagne sur les « dévendeurs » lancée par l’Agence de la transition écologique (Ademe), en 2023, avait pour but de sensibiliser les consommateurs aux enjeux de la sobriété, en mettant l’accent sur la réparabilité des objets. Elle eut pour conséquence la levée d’une polémique venant de ceux qui voulaient vendre, les commerçants ! Toutefois, sur la piste de la sobriété, un indice de réparabilité a été conçu en 2021 dans le cadre de la loi anti-gaspillage, sensée donner au grand public des informations claires sur la durée de vie estimée des appareils et la disponibilité des pièces détachées. **Voir :** [[glossaire:entrees:a:ademe|Ademe]], [[glossaire:entrees:i:indice_de_reparabilite|indice de réparabilité]], [[glossaire:entrees:l:loi_anti-gaspillage|loi anti-gaspillage]]. ===== Réflexion pédagogique ===== ==== Sobriété et déconsommation ==== Sobriété et déconsommation sont deux concepts qui doivent être mis en relation. Dans un premier temps on peut dire que les deux termes sont synonymes. Consommer moins ou cesser de consommer, les conséquences sont relatives au domaine considéré ! Pour les gaz à effet de serre, il faut remonter au début de la révolution industrielle, époque où il eut fallu être sobre énergétiquement ; les excès de chacun se répercutant sur toute la planète par le biais de l’atmosphère, jusqu’à aujourd’hui ! Pour l’alcool, chacun est concerné, directement et immédiatement, par ses propres excès. La rubrique « Remarque linguistique et/ou historique » rappelle que le thème de la sobriété a toujours intéressé les philosophes. **Voir :** [[glossaire:entrees:d:deconsommation|déconsommation]]. ==== Effet de compensation morale ==== Chez bon nombre d’entre nous, la sobriété semble inconcevable ! Sobriété et déconsommation exigent des efforts de chacun de nous, qui réveillent des sentiments de frustration. Et, pourtant conscient de la nécessité d’adopter des modes de vie plus vertueux pour l’environnement, nos actes ne sont pas toujours à la hauteur des exigences. L’entrée « effet de compensation morale » se penche sur cette question. **Voir :** [[glossaire:entrees:e:effet_de_compensation_morale|effet de compensation morale]]. ==== Sobriété, sens critique et nuance ! ==== En termes de pédagogie, si le sens critique est une valeur essentielle, incontournable, la capacité à formuler une opinion nuancée permet, quant à elle, de convaincre le plus grand nombre de la pertinence d’une action. La question de la sobriété impose de répondre à cette problématique, c’est-à-dire, y a-t-il une contradiction entre savoir critiquer une opinion et savoir la nuancer ? === L’écologie punitive === L’idée qu’il y a une « écologie punitive » vient de cette difficulté qu’il y a à identifier toutes les sources d’impacts anthropiques sur l’environnement, et donc à demander une réponse adaptée à chacune d’elles. Un programme écologique prônant une rigueur absolue et globale risque d’être affublée de cette étiquette « d’écologie punitive » ! === Le « détricotage » des lois === La difficulté qu’il y a à convaincre de la pertinence d’actions vigoureuses en faveur de l’environnement est utilisée depuis 2025 pour « détricoter » les lois favorables à l’environnement sous le prétexte de nécessités économiques. **Voir :** [[glossaire:entrees:d:detricotage_des_lois|détricotage des lois]]. ===== Remarque linguistique et/ou historique ===== Sobriété ou frugalité sont couramment pris pour synonymes, pourtant, des nuances existent sur le plan étymologique. ==== Frugalité ==== Le lien entre la frugalité et le fruit apparaît en latin, //frux// étant le fruit. De plus, //frugalis// étant « celui qui produit », l’idée attachée à la racine latine n’est pas celle de la restriction. D’ailleurs, le terme fructueux renvoie à une production qui a été bonne. La frugalité écologique renverrait donc plutôt à une démarche qui vise à faire fructifier les ressources, certes sans en abuser, mais il n’est pas question de privation. On parle d’un repas frugal pour dire qu’il est simple et suffisant, et non pour dire qu’il correspond à une privation. ==== Sobriété ==== L’étymologie de sobriété est plus compliquée, mais elle apparaît plutôt liée à la maîtrise de soi. Couramment, la sobriété alcoolique est évoquée pour la privation d’alcool ou la modération dans sa consommation. Face à la raréfaction des ressources naturelles, le mot sobriété s’est imposé pour évoquer la modération dans la consommation, dans le but de les économiser. On s’attache plutôt à la quantité qu’à la qualité. La sobriété étant centrée sur la privation, certains préfèrent parler de sobriété heureuse pour dire que ménager l’environnement n’est peut-être pas si dur alors que c’est une nécessité absolue ! === Diogène de Sinope (5e – 4e siècle av. JC) === Diogène, né à Sinope, philosophe de la Grèce antique (413 av. J.-C. ; 323 av. J.-C.) refusait les biens matériels et cherchait à vivre selon la nature, en se débarrassant des artifices et des conventions sociales. Il était aussi appelé Diogène le Cynique. On ne le confondra pas avec Diogène d’Œnanda qui vécut au 2e siècle de notre ère, connu, pour avoir fait construire un mur pour y graver les thèses d’Épicure dont il était un disciple (voir ci-dessous), ni avec Diogène Laërce, poète et biographe du 3e siècle qui compila de nombreux textes de l’Antiquité. Convaincu qu’il était indispensable de se débarrasser de l’inutile, et qu’il fallait vivre selon la nature, Diogène le Cynique déambulait dans tout Athènes, pieds nus, toujours habillé du même manteau, quelle que soit la saison. Il dormait n’importe où il mendiait pour manger. Son principe était que lorsqu’on lui faisait l’aumône en lui donnant quelque nourriture, on ne faisait que lui rendre ce qui était à lui comme à tous. Et donc, pour obtenir à manger, Diogène ne s’abaissait devant personne. Ce très maigre aperçu de sa sobriété extrême n’est pas, bien sûr, le seul volet de sa pensée. === Épicure (4e – 3e siècle av. JC) : la mauvaise réputation : === Georges Brassens, chanteur Français, chantait en 1952 « j’ai mauvaise réputation, etc. ». Bien avant lui, Épicure (341-270 av. J.-C.), philosophe grec, aurait pu le chanter. Alors qu’il prônait la sobriété heureuse, et la recherche du bonheur individuel, il fut incompris à son époque, ses adversaires prétendant que, comme il parlait de recherche du plaisir, il prônait les fêtes sans retenues. Ce malentendu sur ce que l’on qualifie d’épicurisme persiste aujourd’hui. En effet, l’épicurisme reste associé à la recherche du plaisir sans entrave, à l’idée de prendre plaisir à faire « bonne chère » ! En vérité, Épicure définissait trois catégories de besoins pour les individus. Ce sont les : * besoins naturels et nécessaires : il s’agit de ceux dont nous avons besoin pour vivre (Épicure se contentait de pain et d’eau). Il y ajoute la pratique de la philosophie ; * besoins naturels et non nécessaires : il pense là aux plats raffinés ; * besoins non naturels et non nécessaires : l’ambition, par exemple, peut apporter des plaisirs, mais ils seront vite dépassés par d’autres désirs. Ce qui lui fait dire : « L’homme qui ne se contente pas de peu ne sera jamais content de rien. ». === Molière (17e siècle) === On vient de voir que la question de la sobriété a toujours bien occupé les philosophes et les écrivains traitant de la morale. Au 17e siècle, Molière, se distinguait quelque peu du stoïcisme de Descartes qui affirmait la primauté de la volonté (celle-ci permettant de vivre en harmonie avec la nature en prenant soin de son corps et de son âme). Molière, quant à lui, pensait qu’on ne pouvait pas trop demander à l’Homme (il ne faut pas « se faire violence »). Dans Le Misanthrope, Molière faisait dire à Philinte dialoguant avec Alceste « La parfaite raison fuit toute extrémité / Et veut que l'on soit sage avec sobriété. ». Il prônait ainsi la prudence en toute chose. La prudence n’est pas le recours à la volonté… de se faire mal ? Toutefois, comme Descartes, et Philinte, chacun à notre façon, repoussons les excès ; la sagesse nous impose la sobriété !