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====== plancher océanique ======
Partie superficielle de la croûte terrestre, sous les océans.
**e. f.**
**syn. :** fond marin, sol océanique (voir la rubrique : « Remarque linguistique et/ou historique »).
**Voir :** [[glossaire:entrees:c:croute_terrestre|croûte terrestre]].
===== Informations complémentaires =====
==== Hétérogénéité du plancher océanique ====
Le plancher océanique est un ensemble topographique hétérogène. On peut y distinguer les :
* plateaux continentaux : ce sont les bordures immergées des continents. Leur pente est faible ;
* talus continentaux : ils constituent des zones de transition entre les continents et les océans. Leur pente est d’environ 15% ;
* dorsales océaniques : ce sont des chaînes de montagnes sous-marines. Présentes dans tous les bassins océaniques, elles forment un réseau continu de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. Elles sont le résultat d’une production de magma. Ces chaines sont parcoures dans leur longueur par des dépressions, communément appelées rifts, mais ces derniers ne sont pas analogues aux rifts continentaux, qui sont des régions où la croûte terrestre s'amincit au lieu d’être sur un dôme ;
* plaines abyssales : elles sont situées de part et d’autre des dorsales et occupent plus de la moitié de l’aire du fond océanique. Ce sont des surfaces relativement plates ;
* fosses océaniques : Elle se forment dans les zones de subduction, là où une plaque lithosphérique océanique plonge sous une autre plaque.
**Voir :** [[glossaire:entrees:h:heterogene|hétérogène]], [[glossaire:entrees:l:lithosphere|lithosphère]].
==== Les pollutions du plancher océanique ====
=== Les hydrocarbures ===
On connaît les pollutions marines dues aux multiples accidents sur les plateformes pétrolières.
**Voir :** [[glossaire:entrees:h:hydrocarbure|hydrocarbure]], [[glossaire:entrees:p:pollution|pollution]].
=== Les plastiques ===
Aujourd’hui, les estimations disent que plus de 90 % des déchets plastiques qui parviennent aux océans se retrouvent sur le plancher océanique. Environ 1 % flottent à la surface des océans (vortex marins de déchets) et des mers, et 5 % échouent sur les plages.
Ce sont donc des quantités incommensurables de plastiques qui ont été précipitées sur les fonds marins, alors, pourquoi ne pas faire pire, puisque l’on ne voit pas les fonds !
**Voir :** [[glossaire:entrees:p:plastique|plastique]], [[glossaire:entrees:v:vortex_marin_de_dechets|vortex marin de déchets]].
==== Les ressources minières des fonds océaniques ====
Les grands fonds marins recèlent d'importantes ressources minérales. Il existe trois principaux types de ressources minérales non énergétiques, ayant chacune leur composition et leur localisation propres. Il s'agit des sulfures polymétalliques, ou sulfures hydrothermaux, des encroûtements cobaltifères et des nodules polymétalliques.
=== Les sulfures polymétalliques ===
Ils se rencontrent dans des zones volcaniques et tectoniques actives ou récentes, comme les dorsales océaniques. Ils sont liés aux sorties de fluides hydrothermaux.
Ils ont en moyenne des teneurs en métaux sensiblement supérieures à celles des mines exploitées à terre. Ils peuvent présenter de fortes teneurs en métaux précieux (or, argent), et en métaux rares (indium, sélénium, germanium...).
=== Les encroûtements cobaltifères ===
Ils sont présents dans les volcans anciens et les atolls immergés.
=== Les nodules polymétalliques ===
Les nodules polymétalliques sont des concrétions minérales reposant sur les plaines abyssales de tous les océans du monde, entre 4 000 et 6 000 mètres de profondeur. Ce sont des petites boules de 5 à 10 cm de diamètre.
Les nodules se forment sur le plancher océanique, par précipitation de métaux dissous dans l’eau, autour d’un noyau pouvant provenir de fragment de roche ou encore de dent de requin.
Si les nodules polymétalliques peuvent être prélevés sans forage, ni galeries, ils sont néanmoins situés à de très grandes profondeurs. En outre, il reste à identifier les zones dans lesquelles les nodules sont à la fois nombreux et avec des teneurs en métal élevées.
Leur intérêt est de contenir des métaux indispensables pour l’industrie : cuivre, nickel et cobalt. Ils constituent une ressource minérale stratégique pour la fabrication des batteries pour véhicules électriques, des éoliennes, des panneaux photovoltaïques et des téléphones portables.
En 2024, il a été montré que ces nodules étaient à l’origine d’une production de dioxygène dit « noir » (voir cette entrée).
**Voir :** [[glossaire:entrees:o:oxygene_noir|oxygène noir]].
==== Impacts attendus de l’exploitation minière des fonds océaniques ====
L'exploitation minière du fond des océans soulève d’immenses appétits industriels. La vigilance est de mise, la sauvegarde des écosystèmes n’est pas à leur programme ! On peut avoir d’immenses craintes pour les écosystèmes marins, à la hauteur de ces appétits ! Les dégradations des écosystèmes continentaux pendant trois siècles d’Anthropocène devraient suffire à nous alerter.
**Voir :** [[glossaire:entrees:a:anthropocene|Anthropocène]], [[glossaire:entrees:e:ecosysteme|écosystème]].
=== Conséquences sur les biocénoses ===
En raison des courants profonds, le fait de remuer les sédiments et donc tous les polluants qui s’y sont accumulés (métaux lourds, plastiques), ne peut pas être sans conséquences toxiques sur les biocénoses, même si elles sont éloignées d’une zone d’exploitation.
En outre, la matière organique sédimentée se trouve remuée et sa répartition changée, perturbant les ressources trophiques des écosystèmes benthiques qui en dépendent.
Les scientifiques en sont convaincus, les fonds océaniques abritent une biodiversité benthique encore inestimable et méconnue.
Les premières explorations ont permis des études de l’ADN environnemental (ADNe) révélant une diversité génétique importante.
**Voir :** [[glossaire:entrees:a:adn_environnemental|ADN environnemental]], [[glossaire:entrees:b:benthique|benthique]], [[glossaire:entrees:b:biocenose|biocénose]], [[glossaire:entrees:m:metal_lourd|métal lourd]], [[glossaire:entrees:p:polluant|polluant]], [[glossaire:entrees:s:sediment|sédiment]], [[glossaire:entrees:t:toxique|toxique]].
=== Libération des gaz à effet de serre ===
De même, l’agitation des ces zones profondes va libérer des gaz à effet de serre qui vont s’échapper et rejoindre l’atmosphère.
À très longs termes, quelles sont les conséquences chimiques, physiques, biologiques, sur le milieu océanique, mais aussi sur les autres milieux (atmosphère, biosphère, lithosphère), puisque leurs interconnexions sont nombreuses ?
**Voir :** [[glossaire:entrees:a:atmosphere|atmosphère]], [[glossaire:entrees:b:biosphere|biosphère]], [[glossaire:entrees:g:gaz_a_effet_de_serre|gaz à effet de serre]], [[glossaire:entrees:l:lithosphere|lithosphère]].
=== L’inquiétude des scientifiques ===
En fait, la science ne peut pas précisément dire quels seraient les impacts en chaîne d’une dégradation des fonds marins par une exploitation, même localisée, et dont nous affirmerait que cette dernière est propre ! En effet, le plancher océanique nous est largement inconnu, en particulier dans les grands fonds marins qui sont inaccessibles.
Développer les connaissances sur les grands fonds avant de les exploiter est une priorité si l’on ne veut pas provoquer une destruction irréversible de la biodiversité marine.
La France détient deux permis d’exploration dans les eaux internationales : l'un destiné à l'étude des nodules polymétalliques, l'autre destiné à l'étude des sulfures hydrothermaux.
Toutefois, personne n’est dupe, l'exploration annonce l'exploitation !
=== L’inquiétant Trump ! ===
En 2025, cela se précise, les États-Unis de Donald Trump n’écoutent que leurs intérêts économiques et vont exploiter les ressources minérales du plancher océanique, sans égard pour les craintes que les scientifiques peuvent avoir. Ils font avec les fonds océaniques ce qu’ils font avec le climat. Navrant, inquiétant, désespérant !
===== Réflexion développement durable =====
==== Exploitation minière et principe de précaution ====
À stade, appliquer le principe de précaution s’impose. C’est dans ce sens que plusieurs ONG s’efforcent d’obtenir :
* un moratoire sur l'exploitation minière en eaux profondes ;
* un cadre réglementaire pour mettre un terme à l'exploitation minière en haute mer ;
* interdire toute nouvelle activité dangereuse pour les écosystèmes océaniques ».
**Voir :** [[glossaire:entrees:h:haute_mer|haute mer]], [[glossaire:entrees:o:ong|ONG]], [[glossaire:entrees:m:moratoire|moratoire]], [[glossaire:entrees:p:principe_de_precaution|principe de précaution]].
==== Traité international de protection de la haute mer ====
Un organisme intergouvernemental, fondé en 1994 sous l'égide de l'Organisation des Nations unies, l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), exerce son autorité sur les grands fonds marins, situés au-delà des limites des juridictions nationales. Elle organise et contrôle, dans la zone internationale des fonds marins, toutes les activités relatives aux ressources minérales des fonds marins, ainsi que les transports.
En 2023, après 15 ans de négociation, dans le cadre de l’AIFM, les États membres de l'ONU, se sont mis d'accord sur le premier traité international de protection de la haute mer. Pour ce traité on se reportera à l’entrée AIFM.
**Voir :** [[glossaire:entrees:a:aifm|AIFM]], [[glossaire:entrees:o:organisation_des_nations_unies|Organisation des Nations unies]].
===== Réflexion pédagogique =====
==== Distinction entre plancher océanique et sol (au sens commun) ====
Comme nous l’avons vu ci-dessus, le concept de plancher océanique appelle des notions très différentes de celles utilisées pour le sol (au sens commun) qui est la partie où, en particulier, on marche, on construit, et on cultive. Ce sont les terres arables, les sols constructibles, les sols artificiels, etc.
Au lieu de plancher océanique, certains préfèrent parler de sol océanique, mais dans la mesure où une terminologie adaptée existe de longue date est-ce utile ?
Par ailleurs, alors que le plancher océanique est la partie superficielle immergée de l'écorce terrestre, le sol est la partie superficielle de la croûte continentale au contact avec l’atmosphère.
**Voir :** [[glossaire:entrees:s:sol|sol]], [[glossaire:entrees:t:terre_arable|terre arable]],
==== Fond marin : synonymie ? ====
Le plancher océanique est aussi qualifié de fond marin. Lorsqu’il se trouve à des grandes profondeurs, on parle de grand fond marin.
===== Remarque linguistique et/ou historique =====
=== Jules Verne (1828-1905) ===
L’existence de dépôts minéraux dans les parties les plus profondes de l’océan est découverte dans les années 1860. Jules Verne, qui se documentait énormément, utilisa aussitôt l’information dans « Vingt mille lieues sous les mers », paru en 1870. Dans ce roman, Nemo, le capitaine du Nautilus, explique à son prisonnier, le Professeur Aronnax, qu’« il existe au fond des mers des mines de zinc, de fer, d’argent, d’or dont l’exploitation serait très certainement praticable ».
J. Verne, immense visionnaire, avait raison d’imaginer que ces ressources pourraient répondre aux besoins des êtres humains. Ce roman, comme celui « De la terre à la lune », et bien d’autres œuvres de J. Verne, plongeaient les lecteurs du 19e siècle, dans la science-fiction.
Aujourd’hui, on sait que ce ne fut pas si simple d’atteindre, ni la lune à presque 400 000 km, ni les nodules à - 4 000 mètres. Pourtant, aujourd’hui, certains arrivent à trouver J. Verne dépassé. Un « has been », en quelque sorte ; il faut oser ! Nous remarquerons simplement que pour certains de ses contemporains (des hommes de sciences souvent), il ne fut qu’un « doux rêveur », mais que ce n’est que beaucoup plus tard qu’il est devenu le « visionnaire » admiré !
La science recherche les certitudes. Toutefois, trop de certitude et pas assez de doute sont des freins au progrès. Par contre, heureusement que le « fantastique », qui na pas besoin de certitude (que celle, éventuellement, de l’auteur), est là pour nous faire rêver au futur.