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====== intelligence artificielle ====== Ensemble des théories et des techniques s’appuyant sur de puissants outils informatiques, qui permettent de réaliser des machines capables de simuler les processus cognitifs humains.  **e. f.** **Abréviation :** IA **Voir :** [[glossaire:entrees:a:aliment|aliment]]. ===== Informations complémentaires ===== En utilisant la rapidité et la puissance de calcul des outils informatiques, la technologie de l'IA imite une forme d'intelligence humaine et permet une automatisation de processus ou de tâches qui nécessitaient auparavant l’intervention de l’Homme. Elle améliore ainsi les performances et la productivité des entreprises. Faisant l’analogie avec les processus biologiques, les concepteurs de ces outils utilisent une terminologie propre aux structures biologiques, comme l’expression « réseaux de neurones artificiels ». Cette expression désigne des outils utilisant de gigantesques bases de données, au sein de serveurs, qui permettent à ces réseaux d’améliorer toujours plus leur faculté d’apprendre, jusqu’à assimiler des concepts abstraits et, de façon beaucoup plus débattue, contestée même, d'avoir des sentiments et, pourquoi pas une conscience. Ce thème est abordé ci-dessous dans la rubrique « Remarque linguistique et/ou historique ». ==== Risques associés à l’IA ==== Sur la base des avancées technologiques apportées et celles annoncées, l'IA est un élément central d'espoir pour les transhumanistes et de réflexion sur la notion d'homme augmenté. Par contre, les faux sites d'information générés par IA, capables d’influencer les opinions, sont une réelle source d’inquiétude compte tenu de leur audience qui s’installe durablement. **Voir :** [[glossaire:entrees:h:homme_augmente|homme augmenté]], [[glossaire:entrees:t:transhumanisme|transhumanisme]]. === Les risques éthiques d’une autonomie de l’IA === Cela ne doit pas faire oublier les risques éthiques d'une IA qui serait trop autonome, et au contraire de la nécessité de parvenir à un bon équilibre entre la technologie et l'humain, ce que les sociétés modernes ne savent toujours pas faire, en tout cas dans de nombreux domaines ! Augmenter les capacités cérébrales par des implants cérébraux ou pouvoir être connecté aux activités cérébrales en interprétant les signaux électriques émis, fait l'objet de projets soutenus par de grandes sociétés impliquées dans l'IA. Quelles belles perspectives d'avoir des casques pouvant identifier nos désirs, nos fantasmes, et les communiquer à Monsieur Facebook. Quelle belle perspective de connecter l'humanité aux machines (voir ci-dessous, la sous-rubrique qui traite du concept de noosphère) ! Même si ces projets sont encore du domaine de la science fiction, il faudra sans doute imposer des règles aux innovations en technologies neurocognitives. Sortie en 1968, la fiction offerte par «//2001, l'Odyssée de l'espace»,// est presque là ! On trouvera une réflexion sur le même sujet avec l’entrée « Histoire ». **Voir :** [[glossaire:entrees:h:histoire|Histoire]]. === Le concept de noosphère et l’IA === Dans les années 1920, le français Teilhard de Chardin et le russe Vladimir Vernadski ont pensé, que de même que toutes les structures du vivant se sont densifiées du macroscopique au microscopique, l’esprit humain, lui aussi, au fil des millions d’années, a tissé progressivement une toile de plus en plus dense, formant une sphère de la pensée humaine, une « noosphère » (du grec //noûs//, l'esprit, et //sphaîra//, sphère), néologisme inspiré des mots atmosphère, hydrosphère, (etc.) qui représente une conscience collective de l’humanité. Cette noosphère est devenue un facteur du milieu de vie des êtres vivants comme le sont les autres enveloppes externes de la planète (atmosphère, etc.), prenant un rôle de plus en plus déterminant au sein de la biosphère. Aujourd’hui, certains spécialistes (nombreux ?) sont convaincus que l’homme parviendra à une synergie entre les intelligences naturelle et artificielle, donnant de l’ampleur à la conscience collective, le concept de noosphère de Teilhard de Chardin devenant pour ces spécialistes celui de noosphère numérique. Le constat est simple, l’IA produit textes, images, musiques « à la manière de », mais la question est : peut-elle faire autre chose qu’imiter ? Peut-elle, de sa propre initiative, faire œuvre de création ? On se reportera ci-dessous, à la sous-rubrique « L’IA va-t-elle acquérir une conscience ? » pour une réflexion sur le sujet. === Les risques cognitifs === Comment préserver la pensée (humaine !) face à des algorithmes toujours plus performants ? Un risque qui est de plus en plus évoqué, et qui serait associé à l’IA, est qu’elle pourrait appauvrir notre intelligence. Nous avons recours à l’IA pour rechercher et comparer des informations, mettre en forme des conclusions. Écrire parfaitement, traduire sans faute, font parties de ses capacités. Une intelligence augmentée qui pourrait bien créer une illusion de savoir ! Pendant que nous nous déchargeons sur l’IA de tâches intellectuelles complexes, que faisons nous ? Par quel exercice mental remplaçons-nous ce que l’on ne fait plus ? Le risque n’est-il pas de sombrer dans une paresse intellectuelle, de ne plus produire intellectuellement ? Sans doute que oui et non ! ===== Réflexion développement durable ===== ==== Les avancées de l’IA ==== L’intelligence artificielle contribue maintenant à toutes les activités humaines, sociales, économiques et culturelles, elle permet la circulation instantanée de l’information à l’échelle planétaire. De ce point de vue, elle peut aider au développement durable. L'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) se développe au rythme impressionnant de l'augmentation en puissance de calcul des ordinateurs. L'IA constitue une avancée importante avec d'importants effets positifs dans de nombreux secteurs. === La santé === L’IA intervient particulièrement dans le domaine de la médecine prédictive. Les outils IA sont utilisés pour : * la sélection de molécules efficaces ; * l'amélioration des essais cliniques ; * le suivi des médicaments ; * l'évaluation de leur efficacité par groupe de patients (cohortes) ; * les nouveaux robots médicaux ; * les diagnostics ; * etc. On se reportera à la sous-rubrique « Prothèses médicales de l’entrée « homme augmenté », pour une prolongation de cette idée **Voir :** [[glossaire:entrees:m:medecine_predictive|médecine prédictive]], [[glossaire:entrees:m:molecule|molécule]]. === L’éducation === Tous les éducateurs sont d'accord, avec l’IA le but n’est pas de remplacer un enseignant par une machine, il est d’accompagner l’apprentissage. Les arguments avancés en faveur d’une utilisation de l’IA sont, par exemple, qu’elle pourrait aider à personnaliser les cursus, en prenant en compte les spécificités de chaque élève, ce qu'un enseignant n'a pas toujours le temps de faire. En effet, l’IA peut aujourd’hui proposer des présentations de plus ou moins grande complexité pour un même concept, en fonction des niveaux des apprenants. Par contre, pour les élèves en autonomie (comme ce fut le cas lors du confinement pendant la pandémie du Covid-19), le risque c’est que l’IA, aussi performante qu’elle soit, propose des ressources que l’apprenant peut avoir du mal à valider lui-même. Par ailleurs, les outils IA se développent si vite que les équipes éducatives peinent à les intégrer dans leurs programmes, temps et moyens font défaut. ===== Remarque linguistique et/ou historique ===== ==== L’IA et le mythe de Theuth ==== Les réflexions actuelles sur les implications de l’IA dans l’enseignement rappellent nécessairement le problème que Platon (5e et 4e siècles av. J.- C) posait dans Phèdre : l’écriture, est-elle un bien ou un mal pour la mémoire humaine ? Platon pose cette question au travers du mythe de Theuth que Platon fait raconter à Phèdre par Socrate, alors qu’ils débattent rhétorique. C’est le prétexte pour Platon de critiquer l'écriture qui atrophie la mémoire des hommes, car ils n’ont plus à se souvenir des choses. Dans ce mythe, le dieu égyptien Theuth, qui inventa d’abord la science des nombres (l'algèbre, la géométrie, etc.) puis l'écriture, rencontre le roi Thamous pour lui exposer l’ensemble de ses inventions, et lui proposer ensuite de les diffuser à tous les Égyptiens, mais le roi lui demanda de se justifier. Même si Platon posait la question à propos de la mémoire, aujourd’hui, on voit bien le parallèle avec le problème plus vaste que nous pose l’IA et, plus largement, les nouvelles technologies. === Citations === « Elle (l’écriture) ne peut produire dans les âmes, en effet, que l’oubli de ce qu’elles savent en leur faisant négliger la mémoire. Parce qu’ils auront foi dans l’écriture, c’est par le dehors, par des empreintes étrangères, et non plus du dedans et du fond d’eux-mêmes, que les hommes chercheront à se ressouvenir.» ou encore « Tu donnes à tes disciples la présomption qu’ils ont la science, non la science elle-même. Quand ils auront, en effet, beaucoup appris sans maître, ils s’imagineront devenus très savants, et ils ne seront pour la plupart que des ignorants de commerce incommode, des savants imaginaires au lieu de vrais savants. » ==== L’IA va-t-elle acquérir une conscience ? ==== Vaste question philosophique, technique… et biologique. Dans les débats sur le sujet, les spécialistes de l’IA imposent souvent leurs idées… techniques, ne voyant le cerveau que comme une tuyauterie internet, ou, si l’on préfère que comme un réseau de neurones naturel, mais moins parfait que les réseaux artificiels ! Pauvre Descartes (l’auteur se trouve cité dans l’annexe « Auteurs philosophiques et de la littérature » du sous-menu « Annexes », du menu « Glossaire »). === Impacts sur la conscience : un exemple concret ? === Ce site « Planète vivante en Anthropocène » ayant pour objectif la formation, demandons-nous ce que pourrait dire un enseignant biologiste à propos du cerveau, de l’IA, et de la conscience ? Il pourrait prendre l’exemple d’un jeune qui se présente à un examen important pour son avenir, disons le « Bac », puisque c’est le niveau de connaissances visé par ce site. En effet, vue l’importance de cet examen dans la vie de ce jeune, la conscience de celui-ci va engrammer, quelque part au milieu des milliards de neurones de son cerveau, tous les moments consacrés à cet examen. À l’instant où ce jeune se présente à la porte de la salle d’examen, son cerveau déclenche une décharge d’adrénaline, hormone du stress. Son cœur s’accélère pour le préparer au « combat » qui va accompagner la découverte du premier sujet. Que le cœur s’accélère... passe encore ! Mais cette envie d’uriner qui s’amplifie, cela ne peut pas s’oublier ! Eh oui ! C’est un effet de l’adrénaline ! Cet instant aussi sera marqué dans la conscience du jeune ! Pensez-vous qu’un superordinateur du quatrième millénaire va se faire « pipi dessus » quand on va lui poser une question difficile ? Des sensations ? Des sentiments ? Même pas peur ! Comme tous les sens participent à cette explosion d’adrénaline, la vue des camarades d’infortune, l’odeur de transpiration de certains, le brouhaha général, et bien d’autres perceptions, il y aura une infinité de réactions différentes selon les individus, et donc autant de consciences affectées différemment ! Entendre, sentir, toucher, voir, goûter, participent à la prise de conscience et à la naissance de pensées, parfois inoubliables ! Peut-on imaginer que l’IA reproduise cette diversité de consciences et de pensées, par une même diversité de clones numériques ? Peut-on nier la singularité de la pensée humaine ? Voilà un vaste sujet de philosophie qui complique un peu plus le vieux débat entre matérialistes et idéalistes, débat suscité par la question de savoir si nos consciences reposent ou non sur l’activité de nos neurones ! **Voir :** [[glossaire:entrees:c:clone|clone]], [[glossaire:entrees:s:stress|stress]]. === Définition de la conscience et l’IA  === Si on définit la conscience comme le fait de savoir que l’on réalise une chose à l’instant même où on la réalise, tout en saisissant notre rapport au monde, c’est-à-dire en ayant une représentation claire de la réalité, cela ne nous aide pas beaucoup pour nous distinguer d’une IA du futur consciente d’elle-même. En outre, si on définit la conscience réfléchie comme celle qui permet à l’Homme de réfléchir sur lui-même, et donc de penser, peut-on imaginer que cette capacité de réflexion existera avec des IA du futur ? Mais la conscience (humaine !) est un processus dynamique. Elle évolue de la sensation immédiate à la compréhension de la réalité complexe du monde qui nous entoure, avec lequel elle est en interaction. === Denis Diderot === Denis Diderot, philosophe français du 18e siècle, dans le « Rêve de d’Alembert » exprime l’idée que la sensibilité est la « propriété générale de la matière », et dans une lettre à l’écrivain et historien Charles Pinot Duclos (1704-1772), en 1765, Diderot développe sa conception matérialiste de la sensibilité et de la pensée comme propriétés de la matière ; il dit « La pensée est le résultat de la sensibilité, qui est une propriété universelle de la matière ». Aurait-il imaginé que l’on puisse penser qu’une machine, munie de capteurs sophistiqués et multiples, puisse avoir une pensée qui lui soit propre. Après tout, les outils informatiques sont de la matière ?