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====== individu ====== ===== Définition ===== ==== Biologie, écologie ==== Entité vivante identifiable par rapport à d’autres qui lui sont semblables, et qui a une existence distincte. **n. m.** (lat. //individuum//, corps indivisible). **Voir :** [[glossaire:entrees:v:vivant|vivant]]. ===== Informations complémentaires ===== La notion d’individu s’applique aux procaryotes, comme aux eucaryotes, végétaux comme animaux, unicellulaires comme pluricellulaires. **Voir :** [[glossaire:entrees:e:eucaryote|eucaryote]], [[glossaire:entrees:p:pluricellulaire|pluricellulaire]], [[glossaire:entrees:p:procaryote|procaryote]], [[glossaire:entrees:u:unicellulaire|unicellulaire]]. ===== Réflexion pédagogique ===== Les trois notions d’individu, d’organisme et d’être vivant répondent au concept d’entité vivante. De ce point de vue, ces termes sont synonymes. Mais l’approche est complexe, chacune des trois notions ayant leur propre origine sémantique. Sur cette complexité, on se reportera aussi à la rubrique « Remarque linguistique et/ou historique ». **Voir :** [[glossaire:entrees:e:etre_vivant|être vivant]], [[glossaire:entrees:o:organisme|organisme]]. ==== Indivisibilité ==== === Approche par la notion d’individu === Avec la notion d’individu l’accent est mis sur l’indivisibilité de l’entité (lat. //individuum//, corps indivisible). L’équivalent en grec est le mot atome dont le sens est « qui ne peut être divisé ». De cette insécabilité découle l’idée que l’unité de l’entité ne peut être rompue. La perte de l’unité débouchant sur la mort de l’individu. Cette considération fait de l’individu un être à part de tous les autres, desquels il se distingue donc. L’individu a donc une limite externe qui est une interface avec le monde extérieur où se trouvent les autres individus. Tous les individus ont des systèmes de défense pour protéger leur intégrité. Leur épiderme est leur première barrière de défense. Selon les études, on s’intéresse à des groupes d’individus que l’on nomme : colonies, populations, espèces, etc. **Voir :** [[glossaire:entrees:a:atome|atome]], [[glossaire:entrees:c:colonie|colonie]], [[glossaire:entrees:e:epiderme|épiderme]], [[glossaire:entrees:e:espece|espèce]], [[glossaire:entrees:p:population|population]]. === Approche par la notion d’organisme === Avec la notion d’organisme, on est renvoyé à la fonction d’un être vivant dans son environnement (lat. //organum//, gr. //organon//, instrument, outil, organe du corps). En biologie, les êtres vivants ont différents degrés de complexité en fonction de leur apparition dans l’Évolution. Chez les organismes les plus complexes (végétaux comme animaux), les structures les plus complexes sont les appareils qui sont formés d’organes, lesquels sont constitués de tissus, et ces derniers, de cellules au sein desquels on trouve des « outils » microscopiques, les organites, comme les chloroplastes et les mitochondries. Toutes ces structures ont des fonctions parfaitement identifiées qui interagissent au travers de l’homéostasie de l’organisme, et lui donnent son intégrité son indivisibilité. Cette approche de la notion d’organisme par son fonctionnement et sa structure internes apporte une nuance avec celle de la notion d’individu. Par rapport à la notion d’individu, celle d’organisme se prête mieux à l’étude des systèmes de défense. En effet, à tous les niveaux de la hiérarchie des structures l’organisme on trouve des outils de défense qui sont des organes ou des organites, par exemple : à l’échelle macroscopique, ce sont les épines des hérissons, les griffes de nombreux animaux, etc. ; à l’échelle cellulaire, ce sont les cellules du système immunitaire ; à l’échelle moléculaire, les anticorps. **Voir :** [[glossaire:entrees:a:anticorps|anticorps]], [[glossaire:entrees:c:cellule|cellule]], [[glossaire:entrees:c:chloroplaste|chloroplaste]], [[glossaire:entrees:f:fonction|fonction]], [[glossaire:entrees:h:homeostasie|homéostasie]], [[glossaire:entrees:m:mitochondrie|mitochondrie]], [[glossaire:entrees:o:organe|organe]], [[glossaire:entrees:o:organite|organite]], [[glossaire:entrees:s:structure|structure]], [[glossaire:entrees:s:systeme_immunitaire|système immunitaire]], [[glossaire:entrees:t:tissu|tissu]]. ==== Identité de l’être vivant ==== Que ce soit chez les plantes ou les animaux, l’individu est identifiable au sein de l’espèce à laquelle il appartient. Cette identification de chaque individu est aujourd’hui possible, quand cela est nécessaire, grâce à la biologie moléculaire qui permet la caractérisation de son génome. Toutefois, il existe des êtres vivants qui ont le même génome (jumeaux, clones, etc.), mais qui sont distincts dans l’espace, et qui peuvent être placés (ou se trouver) dans des milieux différents, chacun construisant sa propre histoire. Selon les domaines on sera attentif à différents aspects. **Voir :** [[glossaire:entrees:g:genome|génome]]. === Amélioration des plantes et des animaux === Au cours du processus d’amélioration d’une espèce afin qu’elle réponde le mieux aux critères de qualité que l’on s’est fixé, on parle plutôt d’individus que d’organismes, même s’il s’agit simplement d’une nuance. === Écologie === En écologie, on étudiera les relations entre individus de la même espèce (relations intraspécifiques) ou d’espèces différentes (relations interspécifiques). **Voir :** [[glossaire:entrees:r:relation_interspecifique|relation interspécifique]], [[glossaire:entrees:r:relation_intraspecifique|relation intraspécifique]], === Sociétés humaines === Dans les sociétés humaines, il est question de la valorisation d’un individu au sein de la communauté dans laquelle il est inséré. On ne parlera pas de la valorisation d’un organisme humain ! **Voir :** [[glossaire:entrees:v:valorisation|valorisation]]. === Statistiques === Les populations d’êtres vivants nécessitent l’étude des variations individuelles. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’êtres vivants microscopiques unicellulaires ou pluricellulaires microscopiques, on dénombre des « organismes » ou des « cellules » et non des individus, puisqu’il n’est pas possible de différencier les individus les uns des autres. ==== Être vivant ==== Cette notion met l’accent sur le fait que l’entité est active, qu’elle nait et qu’elle meurt. ==== Corps ==== Cette notion met l’accent sur la cohérence et l’unité structurelle de l’entité. L’aspect matériel est prédominant. La notion est utilisée dans de nombreux domaines, par exemple, on parle de corps chimique (espèce chimique) et de corps vivant. Selon les approches philosophiques, voire ésotériques, les aspects matériels ne sont plus les seuls à devoir être pris en considération. Par exemple, les tenants de la biodynamie sont amenés à distinguer corps physique et corps éthérique. **Voir :** [[glossaire:entrees:b:biodynamie|biodynamie]], [[glossaire:entrees:e:espece_chimique|espèce chimique]]. ==== Multiplication végétative et clonage ==== La multiplication végétative (dont le clonage) conduit à se poser les questions d’identité et d’indivisibilité. Alors que, chez les animaux, la fragmentation d’un individu n'est que rarement possible, chez les végétaux, au contraire, cette aptitude est très largement répandue (multiplication végétative naturelle et artificielle). **Voir :** [[glossaire:entrees:c:clonage|clonage]], [[glossaire:entrees:m:multiplication_vegetative|multiplication végétative]]. === Multiplication végétative et identité === Sur la question de l’identité, la multiplication végétative d'un être vivant produit des êtres vivants génétiquement identiques (clones). De ce point de vue, en biologie, les termes individus et organismes sont l’un et l’autre parfaitement adaptés. Il demeure la question philosophique de savoir si ce sont des « individus », au sens d’être à part ? Les individus sont parfaitement semblables, mais sont-ils des êtres différents s’ils sont séparés les uns des autres. Chez les végétaux, dans le cas du marcottage, le problème peut être plus délicat puisque des pieds différents, complets (avec partie aérienne et partie racinaire) se forment tout en restant reliés par une tige formée par le pied mère. Doit-on les considérer comme des individus différents alors qu’ils sont physiologiquement liés ? **Voir :** [[glossaire:entrees:m:marcottage|marcottage]]. === Multiplication végétative et indivisibilité === La notion d’organisme qui hiérarchise les différents éléments structuraux de l’être vivant se prête mieux que celle d’individu pour aborder la question des structures biologiques servant de matrice aux copies (fragments de l’appareil végétatif, c’est-à-dire du soma). **Voir :** [[glossaire:entrees:s:soma|soma]]. ===== Remarque linguistique et/ou historique ===== ==== Aristote et Platon ==== Le rapprochement qui est fait en biologie entre individu et être vivant, nous conduit à inviter les lecteurs qui penseraient qu’il n’y a pas débat sur le sujet ( !), à se pencher sur ce qu’en pensaient Platon (5e et 4e siècles av. J.- C), et Aristote (4e siècle av. J.- C) ; vaste sujet ! Ce que nous avons compris ( !) c’est que, pour Aristote l’être est multiple. Il est multiple en ce sens qu’un être peut être appréhendé sous différentes facettes non réductibles, alors que Platon tentait de réduire cette multiplicité à un principe unique. En ce qui concerne Aristote, on peut rappeler (voir l’entrée « atome ») qu’il pensait que la matière est divisible à l’infini, ce qui, d’une certaine façon, est en accord avec cette multiplicité de l’être. Cette question de l’être, unique et/ou multiple, ne peut donc s’envisager, en termes modernes, que sous l’angle de l’homéostasie qui est la fonction qui intègre toutes les composantes d’un individu et lui donne son unité. Au même titre, il y a bien une biodiversité et une unité du monde vivant. **Voir :** [[glossaire:entrees:b:biodiversite|biodiversité]], [[glossaire:entrees:m:monde_vivant|monde vivant]]. ==== Le corps, l’âme et l’esprit ==== === R. Descartes === René Descartes (philosophe français du 17e siècle), dans les Méditations métaphysiques, réfléchit aux fondements de la connaissance, se demandant ce qui lui permet de croire qu’il connait des vérités ? Pour cela, il lui faut rejeter tout ce qui est douteux, et trouver ce qui ne l’est pas, et une seule chose n’est pas douteuse : moi en tant que sujet pensant. En conséquence, il peut douter qu’il a un corps mais pas qu’il est un être pensant. La « proposition : Je suis, j'existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit. » Pour Descartes, l'homme ne se définit que par l'âme, le corps n'étant que la marque de l'animalité, mais il ne fut pas le premier philosophe, ni le dernier, à penser que l'âme est supérieure au corps. === Ésope === À toutes les époques, les grands esprits semblent s’être penchés sur la dualité du corps et de l’esprit. Le fabuliste grec Ésope (7e siècle av. J. -C.), dont s’inspira J. de La Fontaine (7e siècle), écrivit de très courtes fables qui invitent à la réflexion. Elles illustrent la sagesse populaire de son temps. L’une d’elle nous dit que les ornements de l'esprit sont préférables à la beauté du corps, la voici : « Le renard et la panthère contestaient (*) de leur beauté. La panthère vantait à tous coups la variété de son pelage. Le renard prenant la parole dit : « Combien je suis plus beau que toi, moi qui suis varié, non de corps, mais d'esprit. ».  (*) : Se disputaient au sujet. ==== L’unité du monde vivant ==== === D. Diderot === Denis Diderot, philosophe français du 18e siècle, réfléchissant à la notion de l’individu matériel (la notion d‘organisme) //dans Le rêve de D’Alembert//, formule l’idée que celle-ci n’a pas de sens, parce que dit-il : « Il n’y a qu’un seul grand individu c’est le tout », idée qu’il prépare en disant d’abord que « Tous les êtres circulent les uns dans les autres... », puis «… tout est en un flux perpétuel… ». De ce point de vue, les connaissances actuelles sur les cycles biogéochimiques nous permettent de dire que Diderot n’avait pas tord de penser que la matière n’avait rien de figée ! Il ajoutait aussi «… rien n’est de l’essence d’un être particulier ». Il n’avait pas tord non plus, il suffit de penser à la photosynthèse qui est une fonction que de nombreux organismes partagent, et ceci depuis des centaines de millions d’années.  **Voir :** [[glossaire:entrees:c:cycle_biogeochimique|cycle biogéochimique]], [[glossaire:entrees:p:photosynthese|photosynthèse]]. === Diderot / Descart === Ainsi, par rapport à la pensée très clivante de René Descartes, sur les « animaux-machines », nous pouvons dire que Diderot a une vue très moderne de la nature, pensant que, malgré la diversification constante des corps (de l‘atome aux organismes vivants), il ne faut pas perdre de vue les principes unificateurs du monde. Cette vue philosophique globale autour de la notion d’individu (végétal, animal, humain) nous conduit à faire ressortir l’importance pédagogique des notions de discontinuité et de continuité, et d’avoir pour toute structure une vue dynamique ; d’où vient elle et que devient elle ? Dans //Le rêve de D’Alembert//, Diderot exhorte les philosophes : «Voyez la masse générale, ou si, pour l’embrasser, vous avez l’imagination trop étroite, voyez votre première origine et votre fin dernière. ». ==== Hypothèse Gaïa ==== Ces considérations de Diderot nous orientent automatiquement vers l’hypothèse Gaïa formulée dans les années 1970 par le chimiste de l’atmosphère James Lovelock et la microbiologiste Lynn Margulis, qui comparent la Terre à un organisme capable de s'autoréguler (hypothèse longtemps très décriée). **Voir :** [[glossaire:entrees:g:gaia|Gaïa]].